Marseille: Emmaüs inaugure une «fermette» qui accueillera deux familles de réfugiés

SOCIETE L'association répond au maire de secteur qui s'oppose à la venue de migrants...

Mickael Penverne

— 

La fermette de l'abbé Pierre
La fermette de l'abbé Pierre — M.P

La communauté Emmaüs de la Pointe Rouge a inauguré lundi un nouveau lieu d’accueil pour les plus démunis dans le 8e arrondissement. Il s’agit d’une l’ancienne bastide baptisée la « fermette de l’Abbé Pierre ». Propriété de l’Assistance Publique, le bâtiment était devenu ces dernières années un squat avant que la communauté Emmaüs, installée juste à côté, décide de le rénover.

Il aura fallu un an de travaux de rénovation et de mise aux normes pour pouvoir l’ouvrir. Le chantier aura coûté 400.000 euros, financé en partie sur fonds propres et par la Région. La « fermette » est composée d’une dizaine de chambres de 15 à 20 m2, avec toilettes et salles de bains privées. Elle y accueillera dans quelques jours des compagnons de l’association mais aussi deux familles de réfugiés.

A lire : Démantèlement de la «jungle» de Calais, grosse inquiétude pour les mineurs isolés étrangers

La mort de près

Ces deux familles, probablement syriennes, arriveront de la jungle de Calais qui doit être bientôt démantelée. « Nous sommes encore en train de voir avec Emmaüs Paris », mais elles devraient arriver à Marseille avant la fin de l’année, indique Kamel Fassataoui, directeur de l’antenne Emmaüs de la Pointe Rouge. « On doit prendre le temps de leur expliquer qui nous sommes (…) et qu’elles acceptent de devenir compagnons ».

A leur arrivée, elles seront aidées d’une assistante sociale qui pourra les guider notamment dans les formalités administratives et d’une psychologue. « 60 % des réfugiés de guerre ont vu la mort de près, reprend Kamel Fassataoui. En France, quand il y a un attentat ou un accident, on met en place des cellules psychologiques. Eux, ils n’ont pas été suivis. Ce sont des gens traumatisés. »

A lire : Le FN ne veut pas de migrants

La lettre d’Yves Moraine

L’initiative de la communauté Emmaüs intervient quelques semaines après le courrier du maire (LR) de secteur, Yves Moraine, qui s’indignait de l’arrivée de réfugiés dans le 8e arondissement. Selon l’élu, les services de l’Etat « auraient pris une mesure de réquisition afin que l’association ADOMA puisse accueillir des migrants (…). Cette mesure concernerait notamment la résidence située dans le quartier de la Vieille-Chapelle (…) et s’appliquerait à une quinzaine de migrants au départ, pour aller éventuellement jusqu’à 100 ».

Yves Moraine s’offusquait de cette décision « prise unilatéralement, sans information ni concertation avec les élus concernés », qui risquait de « provoquer une réaction virulente de la population, voire même des troubles à l’ordre public ». « Pour ma part, vous voudrez bien prendre note, même si l’avis des élus de terrain ne semble pas intéressé vos services, de mon opposition absolue à cette mesure brutale », concluait-il.

Lundi, les Compagnons lui ont répondu avec d’abord Claude Escoffier, le président d’Emmaüs de la Pointe Rouge, qui a rappelé l’histoire des migrations à Marseille : des Grecs aux Italiens, en passant par les Arméniens, les Corses jusqu’à la famille d’un « certain Zinedine Zidane ». « Les frontières n’ont jamais été imperméables », a-t-il conclu juché sur une chaise portée par un chariot élévateur.

Claude Escoffier
Claude Escoffier - M.P

« En plein cœur du quartier le plus riche de la ville, Emmaüs rappelle que l’on ne peut pas vivre sans les autres, a renchéri Fathi Bouaroua, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre. Si le maire de secteur et si les autres élus de cette ville pouvaient faire attention aux autres, on en serait très heureux ».

Présent à l’inauguration, Benoît Payan, président du groupe socialiste au conseil municipal, n’avait plus qu’à enfoncer le clou : « Il faut arrêter de vouloir surfer sur l’air du temps. Quinze migrants, cela représente quoi dans un arrondissement qui compte près de 80.000 habitants ? ».