Kitesurf: «Les Français cartonneraient aux Jeux olympiques»

VOILE Entretien avec Alex Caizergues, l'homme le plus rapide du monde en kitesurf...

Propos recueillis par Christine Laemmel

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Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016. Alex Caizergues.
Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016. Alex Caizergues. — FFVL Engie kite tour 2016

Son truc à lui, c’est la vitesse. Installé à Port-Saint-Louis-du-Rhône aux portes de la Camargue, Alex Caizergues est le détenteur du record du monde de vitesse en kitesurf. En 2013, il a atteint 104,8 km/h sur le canal de vitesse de Salin-de-Giraud. Ce week-end, le totem du kite français participait au  Championnat de France de Speed Crossing de la discipline, une épreuve de slalom où il a pris la cinquième place. Depuis Hyères (Var), il a répondu à 20 Minutes.

Depuis ton record du monde de vitesse en 2013, qui t’a fait connaître du grand public, qu’est-ce qu’il s’est passé dans ta vie ?
J’ai pas mal travaillé sur mon nouveau matériel qui serait je pense bien plus performant que celui que j’avais sur mon précédent record. Il reste plus qu’à concrétiser ça, avec une prochaine tentative au mois de mars 2017.

Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016. Alex Caizergues sur foil.
Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016. Alex Caizergues sur foil. - FFVL Engie kite tour 2016

Quel regard tu portes sur le boom exponentiel du kitesurf ?
Quand j’ai commencé c’était un sport dangereux. C’est devenu plus sûr et plus accessible. C’est pour ça que le sport décolle. Tu as une courbe d’apprentissage phénoménal par rapport à la planche à voile ou encore pire, le surf, où il faut des années pour être un très bon pratiquant. En kite, si tu es un peu doué dans les sports de glisse tu vas commencer à sauter à trois mètres de haut très rapidement. Ce qui est inatteignable par la quasi-totalité des windsurfeurs.

« Faut pas apprendre grâce à des copains, c’est le pire plan »

Par contre t’es obligé de passer par un stage. Sinon tu risques encore ta vie. Faut pas apprendre grâce à des copains, c’est le pire plan. J’ai vu un paquet de mecs voler à l’horizontale. En France on a un réseau fabuleux d’écoles. T’as aucune excuse pour ne pas y passer. C’est un petit investissement au départ mais pas plus que quand tu veux faire du tennis.

Qu’est-ce que ce succès a changé pour les pros comme toi ?
Ben ça fait plus de monde sur la plage (rires). A Port-Saint-Louis, sur mon spot quand j’ai commencé [en 2002] on était quatre dont mon père et mon frère. Aujourd’hui, quand il y a du vent on est 200. Ça fait plus de monde à gérer mais en même temps tu rencontres plein de gens. Chaque fois qu’on va sur des spots partout dans le monde, t’as toujours des pratiquants. Aujourd’hui, à partir du moment où t’as une plage et du vent, s'il n'y a pas de kitesurfeur à l’eau, c’est qu’il y a des requins ou un problème.

Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016
Championnat de France de Kitesurf à Hyères (Var) le 9 octobre 2016 - FFVL Engie kite tour 2016

Comment tu peux nous décrire en quelques mots le monde du kite professionel en 2016 ?
En course, les Français trustent les podiums. Le plus gros événement free style a lieu au Cap (Afrique du Sud) chaque janvier. Il voit les meilleurs mondiaux s’affronter et atteindre des hauteurs phénoménales. On est à plus de 20 mètres de haut, quelques étages d’immeuble mais tout en maîtrisant très bien la chose. C’est une discipline avec des professionnels qui sont de plus en plus jeunes. C’est la preuve que le sport est en super santé. Les meilleurs ont entre 18 et 25 ans. Il y a une concurrence de plus en plus importante. En même temps le milieu reste très accessible. Quand tu vas voir une star du kite, elle ne va pas te snober. On est loin des frasques des footballeurs ou même des surfeurs. Et il y a encore de la place dans la compétition.

Le kitesurf a failli être aux JO de Rio cette année à la place de la planche à voile, tu l’espères en 2020 à Tokyo ?
Il y a de grandes chances pour que ça se passe en 2020. On devrait ne pas nous opposer à la planche à voile, donc c’est une bonne chose. On a un sport fabuleux qui a largement sa place avec des jeunes Français qui cartonneraient. Le bémol, c’est que c’est souvent pas le cœur du sport qui est mis aux Jeux. On aurait du freestyle je serai super fan comme ça peut l’être pour le snowboard aux JO d’hiver. Là je suis sûr que ce sera pas le cas, ce sera une discipline de course, super sérieuse. Il ne faudra pas que le grand public pense que le kitesurf, c’est ce qu’ils voient aux JO.