Vaucluse: Orange, la ville aux deux extrêmes droites

POLITIQUE Le second tour des cantonales partielles, qui se déroule dimanche, verra s'affronter la Ligue du Sud et le FN...

Mickael Penverne

— 

Jacques Bompard
Jacques Bompard — M.P

Les électeurs du canton d’Orange dans le Vaucluse sont appelés dimanche aux urnes pour le second tour des cantonales partielles. Particularité de ce scrutin : ils auront le choix entre deux listes d’extrême droite, la Ligue du Sud et le Front national. La première est arrivée en tête du premier tour avec plus de 41 % des suffrages exprimés, tandis que la seconde recueillait près de 25 % des voix.

A eux deux, les deux formations cumulent donc 65 % de l’électorat. Ou plutôt 65 % des 25 % des électeurs qui se sont déplacés. Le premier tour n’a pas mobilisé grand monde. « Ce sont toujours les mêmes qui votent ici : les petits vieux surtout, affirme Alexandra, vendeuse de boissons au gingembre sur le marché d’Orange. Les jeunes, eux, ne votent plus. Ils s’en foutent de la politique. En même temps, ils ont bien compris que les politiques ne faisaient pas grand-chose pour eux. »

Sur le marché d'Orange
Sur le marché d'Orange - M.P

Des « choses simples »

A trois jours du second tour, Jacques Bompard, député-maire d’Orange, est venu « faire le job » : se montrer dans les petites rues du centre-ville, serrer des pognes, claquer des bises, une tape dans le dos. Un maire dans son fief, et un maire en campagne. Le président fondateur de la Ligue du Sud est venu donner un coup de main à son fils, Yann, qui dirige la liste avec Marie-Thérèse Galmard.

La politique, chez les Bompard, c’est une affaire de famille. Le premier fils, Guillaume, est conseiller municipal d’Orange, pendant que la mère, Marie-Claude, est maire de Bollène, une ville voisine. « Mais doit-on interdire à un fils d’enseignant de vouloir devenir enseignant ? Ou à un fils de chirurgien de vouloir devenir chirurgien ? », fait mine de s’interroger le père, Jacques, âgé de 73 ans.

Souriant et affable, cet ancien du FN se présente comme un « modéré » à la tête d’un « parti comme les autres » et qui « défend des choses simples » : la vie (contre l’IVG), la famille (contre le mariage homosexuel) et le bien commun (contre l’immigration). Elu depuis trois décennies, il critique les partis traditionnels et « les politiques [qui] trahissent les citoyens et détruisent la société. ». Enfin, il n’oublie pas sa bête noire : le Front national qui est, selon lui, « à gauche (et] soumis au prêt-à-penser ».

Diners dansants et galettes des rois

Au second tour des élections cantonales 2015, le FN n’avait été devancé par la Ligue du Sud que de six voix. Après un recours déposé par Jean-François Mattei (sans rapport avec l’ancien ministre), le Conseil d’Etat a annulé l’élection. « Il y a un an, le FN était inexistant, assure le candidat frontiste. Aujourd’hui, on est implanté et on progressera. » Pourtant, il y a peu de chance qu’il l’emporte dimanche.

D’abord, parce que « cela fait un an et demi que Bompard prépare cette élection avec diners dansants, galettes des rois et tout le reste ». Ensuite, parce que son propre parti ne l’a pas vraiment soutenu : « Marion [Maréchal-Le Pen] est venue 1h30 au marché et elle est vite partie. [Gilbert] Collard, ok, il est venu mais c’est moi qui l’aie fait venir. On espère toujours une mobilisation de l’électorat pour dimanche mais on n’a pas été appuyé. Cela n’a pas été relayé nationalement. »

Sur le marché d'Orange
Sur le marché d'Orange - M.P

Avant, il fallait un 4X4

Aimé vend des horloges et des réveils sur le marché. Né en Algérie, il vit à Orange depuis 1961. Deux partis d’extrêmes droites au second tour dimanche ? Aimé trouve cela « très bien » car « il y a beaucoup trop de gens qui viennent ici que pour la gamelle ». Ce pied-noir est un fervent soutien de Jacques Bompard qui a, selon lui, « rénové » la ville : « Avant pour venir dans cette rue, il fallait un 4X4. Maintenant, c’est propre. C’est la gestion qui nous intéresse, pas la couleur politique. »

« Jacques Bompard est très malin, souffle Olivier Surles, candidat Les Républicains au premier tour (15 % des suffrages). De toute façon, on n’est pas élu depuis 30 ans sans savoir tirer les ficelles. » A l’inverse, depuis le départ de l’ancien député Thierry Mariani, la droite vauclusienne semble déboussoler. Avec son colistier, Yannick Cuer, Olivier Surles a bien tenté de récupérer « notre électorat qui est parti à l’extrême droite. Cela n’a pas fonctionné cette fois. Mais nous ne sommes pas morts », assure-t-il.

Bienvenue à « facholand »

La gauche, en revanche, semble totalement exsangue. « Dans un esprit de responsabilité », le Parti socialiste n’a même pas présenté de candidat au premier tour. Le Front de gauche a obtenu 13 % et les écologistes près de 5 %. « J’avais proposé à tous les candidats de s’unir sur une seule liste. Ce n’était pas un front républicain mais une sorte de plateforme. Mais les partis n’en ont pas voulu », témoigne Serge Marolleau, porte-parole EELV.

« Pourtant, il y a un vrai souci à Orange, ajoute-t-il. Car cela fait bien longtemps que le plafond de verre est crevé ici ». Âgée d’une soixantaine d’années, Virginie remonte le marché avec son vélo. Elle a voté communiste et suit aujourd’hui le Front de gauche. Pour elle, Orange et sa région, c’est tout simplement… « Facholand ». « Les gens ne lisent plus le journal et ne s’intéressent plus à rien. Il n’y a plus aucune culture politique, regrette-t-elle. Et surtout l’humanisme a complètement disparu ». Dimanche, si elle va voter, ce sera blanc.