Marseille: Le «métro surfing» fait de plus en plus d'adeptes

SOCIETE Des jeunes voyagent dans le métro en s'installant entre les rames...

Mickael Penverne

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Les jeunes se calent entre deux rames
Les jeunes se calent entre deux rames — M.P

Le phénomène n’est pas nouveau mais il tend visiblement à se banaliser. « Je vois ça depuis une quinzaine d’années mais en ce moment, c’est quasiment tous les jours, explique un conducteur de métro de la RTM de la ligne 1. Ce sont des jeunes, entre 15 et 16 ans, et ils font ça, j’imagine, par défi. Sur le mode : t’es cap’ou t’es pas cap’de le faire ! Et visiblement, ça les amuse ».

Ce « jeu », décrit par ce conducteur de métro, n’est pas nouveau en effet, et il porte même un nom : le « métro surfing ». Le principe : s’accrocher à l’arrière d’un métro ou entre deux wagons et à y rester agrippé alors que le train avance à toute vitesse. Ce nouveau défi est né au début de la décennie en Russie où des jeunes ont commencé à publier leurs exploits sur VKontakte, la version russe sur Facebook.

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Entre l’avant-dernière et la dernière rame

Puis, le phénomène s’est propagé en Australie, en Inde et en Europe. En France, la première vidéo du genre a été « postée » en novembre 2014 sur Facebook. A la différence près que ce n’était pas du « métro surfing » mais du « RER surfing »… On y voyait en effet deux adolescents se cramponner à un wagon de train entre les stations de Neuilly-Plaisance et Val-de-Fontenay, en Seine-Saint-Denis.

A Marseille, ce « jeu » est également pratiqué depuis quelques années mais il ne serait plus si exceptionnel que cela. Adèle, utilisatrice régulière du métro, dit avoir vu ces jeunes s’accrocher entre deux rames « au moins trois fois » en quelques mois. « C’était à la station du Vieux-Port à chaque fois. Ils sont complètement fous », lâche-t-elle désabusée.

« Ils se mettent entre deux rames et voyagent comme ça pendant une ou deux stations, confirme le conducteur de la ligne 1. Généralement, ils vont se caler entre l’avant-dernière et la dernière rame pour qu’on ne les voit pas. Ce sont souvent des voyageurs qui viennent nous signaler l’incident. » La vidéosurveillance ou la présence d’agents de sécurité ne les dissuadent pas.

750 volts circulent dans les voies
750 volts circulent dans les voies - M.P

Pour l’adrénaline

Les risques encourus non-plus. Car sous la rame du métro se trouvent les deux voies où circulent 750 volts d’électricité. Un simple contact et c’est quasiment la mort assurée. « Il y a aussi les arcs électriques qui se forment à chaque fois qu’un train roule sur quelque chose de métallique, comme une canette. Cela provoque un mini court-circuit et ça peut être très dangereux », complète le conducteur.

A la sortie de la station Chartreux, deux adolescents assis sur un banc font d’abord semblant de ne pas connaître ce nouveau défi. En insistant un peu, ils finissent par admettre, sourires en coin, qu’ils connaissent des pratiquants de ce jeu dangereux. « Je ne l’ai jamais vu sur Internet mais je sais qu’ils font ça. C’est pour s’amuser, c’est pour l’adrénaline », explique le premier.

Un mort en France et trois morts en Russie

Ils jurent tous les deux qu’ils n’ont jamais essayé de s’accrocher entre deux rames. « C’est suicidaire […]. Je n’ai pas envie de mourir », justifie le second. Ce sont « les autres » qui font ça pour rejoindre la station suivante ou alors… « jusqu’à ce que le métro s’arrête complètement », précise le premier, le sourire toujours aux lèvres.

Du côté de la direction de la RTM, on ne souhaite pas communiquer sur « un comportement dangereux », de peur « d’encourager la pratique », explique-t-on. Jusqu’à présent, le « métro surfing » n’a pas provoqué d’accident à Marseille. En Russie, en revanche, au moins trois étudiants sont morts. Et en juin 2015, un jeune de 14 ans est décédé à Champagne-sur-Oise après avoir été happé par un train. Avec un ami, il s’était agrippé à l’arrière d’un train de marchandises.