Marseille: Des quartiers de Marseille aux podiums de la Fashion Week à Milan

MODE Labidi et Yannis ont été remarqués par une agence de mannequinat allemande en juin dernier, ils défilent aujourd’hui pour les plus grands créateurs à Paris et Milan…

Samia Belbachir

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Yannis jongle entre cours au lycée Montgrand et défilés pour les plus grands créateurs de la planète.
Yannis jongle entre cours au lycée Montgrand et défilés pour les plus grands créateurs de la planète. — Samia Belbachir

S’ils savaient qu’en s’asseyant sur la place Félix-Baret, en face de la préfecture, ils deviendraient mannequin… Labidi, 21 ans et Yannis, 16 ans, pensaient chacun tuer le temps, l’un avec un ami avant de rentrer à la maison, l’autre entre deux cours au lycée Montgrand.

« Une femme est venue vers moi, une Allemande, qui m’a dit qu’elle faisait du repérage de rue, m’a demandé de me lever et combien je mesure. Puis elle m’a proposé de participer à un casting dans un hôtel, enfin c’est ce que j’ai compris après parce que je ne comprends pas grand-chose à l’anglais », plaisante Labidi. Le scénario est le même pour les deux garçons, ils défilent, posent torse nu pour un photographe et sont finalement sélectionnés pour rejoindre l’agence Tomorrow is Another Day.

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Des physiques et profils atypiques

Labidi et Yannis sont tous les deux très grands, 1,84 m pour le premier, 1,87 m pour le second. Labidi fin, élancé, a les cheveux châtain clair, les yeux marron et le teint hâlé. Pour Yannis ses yeux ont fait quasi-littéralement tapé dans l’œil du recruteur, en amande ils lui donnent des airs asiatiques, mélangés à sa couleur de peau qu’il tient de ses origines sénégalaises, le résultat est plus qu’esthétique.

Labidi a fait ses premiers pas en tant que mannequin à Milan la semaine dernière avec un défilé pour Wunderkind.
Labidi a fait ses premiers pas en tant que mannequin à Milan la semaine dernière avec un défilé pour Wunderkind. - Agence Tomorrow is Another Day

 

« Si on m’avait dit un jour que j’allais devenir mannequin j’aurai rigolé », confie Labidi. Ce jeune a grandi dans les quartiers Nord de Marseille, cité Clos La Rose. « Ce n’est pas franchement le genre de métier que font les gens de mon quartier », sourit le jeune mannequin détenteur d’un bac professionnel de préparateur de commandes.

Après avoir intégré l’agence qui l’a repéré, Labidi a été présélectionné par le créateur de luxe Balanciaga pour un défilé en juillet dernier. Il ne sera pas retenu, mais peu importe. Fin septembre, c’est la marque Wunderkind qui a voulu le faire monter sur les podiums de Milan. « Ma mère était tout excitée, elle aime la mode et me pousse à fond, même si personnellement ce n’est pas trop mon truc. Mais en attendant de trouver un poste de cariste, j’essaye d’en profiter pour voyager et rencontrer des gens », détaille Labidi.

La mère de Yannis a quant à elle été un peu plus réticente. « Elle s’est posé des questions parce que je suis mineur et l’agence n’a pas demandé d’autorisation parentale avant le casting de recrutement, mais ils lui tout expliqué et elle a fini par accepter que je me lance dans l’aventure », raconte Yannis. Repéré juste avant ses épreuves anticipées du bac, Yannis a jonglé entre révisions et castings pour les plus grandes marques. « Je suis monté à Paris pour la première fois de ma vie en juillet, après 33 castings en deux jours j’ai été sélectionné par Kenzo et Paul Smith, c’était dingue », s’enthousiasme Yannis qui reconnaît toutefois que « c’était la première fois que j’entendais parler de ces marques. Je n’ai jamais été intéressé par la mode ! ».

Depuis Yannis est apparu dans des magazines spécialisés, et a réussi ses examens. Puis tout s’est enchaîné, après les défilés à Paris, c’est au tour de Milan, là encore une première fois pour l’adolescent. La semaine dernière Yannis a marché pour Roberto Cavalli, rien que ça. « Je ne savais même pas qui c’était ! Et j’ai dû porter des bottes en peau de serpent… L’horreur ! », confie le lycéen qui voit son avenir professionnel dans la protection animale.

Yannis, 16, a défilé la semaine dernière pour Roberto Cavalli à Milan.
Yannis, 16, a défilé la semaine dernière pour Roberto Cavalli à Milan. - Agence Tomorrow is Another Day

 

Les deux jeunes hommes font preuve d’une rare maturité. « C’est un travail comme un autre, et je sais que je ne vais pas faire ça toute ma vie », explique Yannis, même son de cloche pour Labidi. Entre deux cours et CV envoyés, les deux Marseillais participent à des castings. Et Yannis est fier de préciser : « Mes amis eux-mêmes m’ont confié qu’ils étaient contents de voir que je n’ai pas pris la grosse tête ». On confirme.