Marseille-Cassis 2016: Comment la diarrhée plombe les courses à pied

ATHLETISME On préfère vous prévenir, tout ne se joue pas dans les jambes...

C.L.

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Le départ de Marseille-Cassis 2009
Le départ de Marseille-Cassis 2009 — PATRICK VALASSERIS / AFP

Les Marseillais connaissent quasiment tous cette date : le dernier dimanche d’octobre, c’est Marseille-Cassis. Un semi-marathon mythique qui comme toutes les courses à pied génère son lot de désagréments gastriques. C’est bien simple, presque un abandon sur deux est dû à un ennui digestif.

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Quand votre corps est très sollicité sur le plan musculaire, une redistribution du sang abdominal s’effectue vers les muscles. Votre estomac est moins irrigué et il panique. Surviennent alors des douleurs à l’estomac, nausées, vomissements voire diarrhées pour les moins chanceux. Car oui, au-delà de l’aspect physiologique, si l’envie d’aller à la selle vous tiraille dès le troisième kilomètre, c’est le hasard qu’il faut blâmer. « On ne sait pas pourquoi mais un tiers des coureurs souffrent de facteurs vasculaires et le reste pas », explique le Dr Jacques Pruvost, médecin de la Fédération Française d’Athlétisme.

Vous n’êtes pas Yohann Diniz

C’est un peu ce qui est arrivé à Yohann Diniz, victime de diarrhées pendant son 50km marche à Rio. « Il est allé très loin dans l’effort », commente le médecin qui suit l’athlète de près en équipe de France. Vous qui n’allez pas chercher une médaille olympique, ne tentez pas l’héroïsme. « Des amateurs risquent de moins bien s’en remettre », avertit le spécialiste et de finir avec un infarctus des intestins. Avec la chaleur, la consommation de boissons trop sucrées et le manque d’entraînement, ce qui nuit le plus au système gastrique en course, est la volonté de se surpasser. Elle ne fait qu’aggraver la douleur et saper définitivement vos chances de performer.

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Sur le Marathon du Médoc, qui consiste à courir en faisant des haltes de dégustations de vins, huître ou entrecôte, un participant sur deux est concerné. Aux antipodes de ce challenge digestif, Laurent Ardito, manager de la Team Asics Trail et Benoit Nave, nutritionniste ont converti leurs athlètes au sans gluten et sans lactose. « On s’est rendu compte que six athlètes sur dix souffraient de problèmes digestifs, explique Laurent Ardito, qu’on perdait des courses alors que tous les voyants étaient au vert. » Les muqueuses intestinales d’un coureur étant forcément sollicitées, l’idée était alors de réduire le risque au maximum en jouant sur les deux facteurs d’irritation connus : lactose et gluten. « On a testé des menus types, avec du lait de chèvre, sans pâtes. » Et ça a marché.

Le « caca de la peur »

Toutes ces recommandations ne vont éviteront pas forcément le facteur psychologique, symptôme plus connu sous le nom de « caca de la peur ». « Ça n’a rien à voir », prévient le Dr Prévost. Cette montée de stress, c’est la même que votre envie permanente d’uriner avant un examen. On ne compte plus les bouteilles d’urine jetées dans les sas de départs. Quand aux femmes, si certaines osent s’accroupir au bord de la route - et elles ont bien raison - beaucoup se retiennent. « 20 à 30 % des coureuses sont atteintes de fuites urinaires, explique le médecin. Certaines repèrent des endroits où s’arrêter, d’autres font des exercices de musculation du périnée ou se garnissent. » Comprenez, elles courent avec des protections hygiéniques.

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Pour Marseille-Cassis, la SCO Sainte-Marguerite a installé des sanisettes au départ ainsi qu’environ tous les 5 kilomètres, à chaque ravitaillement. « C’est un vrai phénomène, assure Claude Ravel, le président de l’association organisatrice. On essaie de garder le parcours propre et de ne pas déranger les riverains. » Sans pouvoir éviter les urgences. « On a la chance que la course soit en grande partie dans la campagne, reprend l’habitué. Au marathon de New York, les gens se mettent entre les voitures ou urinent dans la rivière. » On ne va pas vous dresser une Google Map des spots à caca de Marseille-Cassis, mais sachez que de source sûre, mieux vaut attendre la Gineste et le tranquille plateau de Carpiagne. Pas avant le septième kilomètre donc.