Marseille: La conférence d'Eric Zemmour est maintenue malgré la polémique et les menaces

SOCIETE Le journaliste présentera son nouveau livre jeudi au château de la Buzine…

M.P.

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Eric Zemmour le 5 juin 2015 à Nice.
Eric Zemmour le 5 juin 2015 à Nice. — BEBERT BRUNO/SIPA

La conférence d’Eric Zemmour au Château de la Buzine est maintenue. Le journaliste doit y présenter jeudi son dernier ouvrage, Un quinquennat pour rien, suivi d’une séance de dédicaces. Malgré un prix d’entrée plutôt élevé (12 euros), la soirée affiche complet depuis plusieurs jours. Plus de 300 personnes sont attendues dans l’ancienne bastide du 11e arrondissement.

La directrice de l’établissement, Valérie Fédèle, a décidé de maintenir la conférence malgré les menaces qu’elle dit avoir reçue pendant plusieurs jours. « Visiblement, un certain nombre de personnes veulent interdire cette conférence », souffle-t-elle. Ces « intimidations et [ces] pressions » l’ont poussé à porter plainte et à renforcer la sécurité de la conférence avec notamment du personnel de sécurité privée.

Un récidiviste

La venue d’Eric Zemmour n’est pas du goût de tout le monde. Le président du groupe socialiste au conseil municipal, Benoît Payan, a écrit le 14 septembre au maire de la ville, Jean-Claude Gaudin, pour lui demander d’annuler cette visite – même si le château de la Buzine est géré par une société privée, il reste la propriété de la ville de Marseille.

« Vous n’êtes pas sans savoir que M. Zemmour a été, à deux reprises, condamné pour des faits graves d’incitation à la discrimination raciale et de provocation à la haine raciale [en 2011 et 2015, ndlr], écrit l’élu PS. Comme vous, je n’accepte ni le racisme ni l’antisémitisme qui dans notre pays ne sont pas des opinions. En France, ce sont des délits et en l’espèce, M. Zemmour est un récidiviste ».

Les élus du Front national sont montés au créneau pour Zemmour

« Vous comprendrez donc que dans le climat actuel, mobiliser la puissance publique municipale pour inviter un tel personnage est pour le moins maladroit, poursuit-il. Au moment où sur le terrain, les associations peinent à tisser du lien, à trouver une fraternité républicaine de plus en plus difficile à construire, je suis sûr qu’il y a bien d’autres manifestations à soutenir, à financer et à promouvoir ».

Si la mairie de Marseille n’a pas répondu, les élus du Front national, eux, sont immédiatement montés au créneau pour défendre Eric Zemmour. Sur Twitter, Franck Allisio, conseiller régional FN, a réagi en écrivant que « ce n’est pas le rôle d’un élu d’appeler à la censure d’un journaliste ». Alors que Robert Ménard, maire de Béziers, a évoqué « une démocratie en fil barbelé », Stéphane Ravier, sénateur et maire FN du 7e secteur, s’est carrément enflammé : « Plus la gauche est minoritaire, plus elle est sectaire et liberticide ! »

Tête de gondole

Au château de la Buzine, Valérie Fédèle se dit surprise par les « proportions » prises par la polémique. « Je ne m’attendais pas à autant d’énergie dépensée », explique-t-elle aujourd’hui. La directrice de l’établissement se défend de « vouloir prendre position » sur les nombreux propos polémiques de l'écrivain mais assure vouloir « défendre la liberté d’expression ».

« Eric Zemmour s’inscrit dans un débat démocratique, précise-t-elle. Il n’est pas interdit de parole. Il est invité sur tous les plateaux télés et dans toutes les radios, et il est même tête de gondole dans toutes les librairies ». Les prochains invités du château de la Buzine seront « moins polémiques », assure Valérie Fédèle. L’établissement est en contact, précise-t-elle, avec les éditeurs de Gilles Lartigot, Yasmina Khadra, Hubert Reeves, Elisabeth Badinter ou encore Caroline Fourest.