Marseille: Les nuages s'accumulent dans le ciel d'Airbus Helicopters

ECONOMIE Le PDG du groupe Guillaume Faury est attendu à Marignane le 15 septembre...

Mickael Penverne

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Marseille, le 25 juin 2015, le siege du groupe Airbus Helicopters a Marignane.
Marseille, le 25 juin 2015, le siege du groupe Airbus Helicopters a Marignane. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

La rentrée s’annonce délicate à Airbus Helicopters. Le constructeur, qui emploie environ 8.500 personnes à Marignane, est confronté à des difficultés depuis plusieurs mois qui pourraient l’obliger à lancer un « plan de restructuration ». C’est en tout cas ce qu’a affirmé Patrick Petetin, délégué syndical FO. Interrogé par nos confrères de Maritima, ce dispositif ne prévoirait aucun licenciement mais des départs volontaires et des départs anticipés à la retraite. Près de 400 personnes pourraient être concernées.

« Officiellement, rien n’a été annoncé, tempère Didier Hacquart, délégué syndical CFDT. Les instances représentatives n’ont pas été saisies ou consultées. Par contre, tout le monde attend le discours du président ». Guillaume Faury est attendu le 15 septembre à Marignane où il doit faire traditionnellement un point sur la situation de l’entreprise devant les salariés. Cette année, il devra trouver les mots justes pour rassurer des employés inquiets.

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De la maintenance en moins

Alors que l’année 2015 avait été marquée par le lancement en fanfare de nouveaux appareils, comme le H160 ou le futur X6, et l’annonce de plusieurs annonces de contrats à l’étranger, Airbus Helicopters doit faire face en 2016 à un retournement de situation. D’abord, plusieurs contrats n’ont pas – encore - abouti à des signatures fermes. C’est le cas du Mexique qui devait s’engager sur une commande de 50 Super Puma pour un montant de deux milliards d’euros. La signature officielle aurait dû se faire en juillet dernier.

La Pologne devait également acheter 50 Caracal H225 pour 2,5 milliards d’euros. Le changement de gouvernement a tout remis en cause et les négociations ont pris énormément de retard. Mais Airbus Helicopters doit aussi faire face à la chute du prix du pétrole qui impacte les compagnies pétrolières en mer du Nord. Pour réduire les coûts, celles-ci font moins voler leurs appareils entre les plateformes pétrolières et le continent, et ont donc réduit leur besoin en pièces détachées.

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Le fleuron au sol

Dernier problème pour l’entreprise - et pas des moindres : le crash d’un Super Puma le 29 avril dernier sur la côte norvégienne. L’accident, qui pourrait provenir d’une défaillance technique, a causé la mort de 13 personnes et a poussé l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) à interdire de vols tous les hélicoptères Super Puma. En attendant les conclusions définitives de l’enquête, c’est l’un des fleurons d’Airbus Helicopters qui est pointé du doigt.

Marseille, le 25 juin 2016, le groupe Airbus Helicopters presente le H160 a Marignane.
Marseille, le 25 juin 2016, le groupe Airbus Helicopters presente le H160 a Marignane. - MickaÎl Penverne / 20 Minutes

« Si le Super Puma est autorisé à redécoller dans l’année qui suit, ou d’ici deux ans, on s’en sortira. Sinon, ce ne seront pas 400 postes qui seront menacés mais beaucoup plus », prédit Didier Hacquart. La CFDT a interpellé le directeur d’établissement lors du comité d’entreprise du 31 juillet sur cet éventuel « plan de restructuration ». « Il n’a pas démenti et il a renvoyé au discours du PDG, ce qui n’est en rien rassurant », écrit le syndicat dans son bulletin d’information du mois de septembre. Contacté à plusieurs reprises, Airbus Helicopters n’a pas donné suite à nos appels.

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Un peu de visibilité

Sans attendre le 15 septembre, l’entreprise a déjà commencé à réduire la voilure à Marignane, fait remarquer Didier Hacquart, en pratiquant le « prêt » de personnel. Les employés volontaires sont envoyés sur d’autres sites du groupe Airbus qui ne connaissent pas de baisse d’activité comme à Toulouse ou à Donauwörth en Allemagne. Ce n’est pas la seule décision qui inquiète les salariés : le recours aux intérimaires a été également réduit ces derniers mois. Pourtant, l’entreprise n’enregistre pas que des mauvaises nouvelles.

Elle a d’abord signé un contrat en février avec la Corée du Sud pour la fabrication de 300 appareils civils et militaires développés sur la base du Dauphin, soit un contrat de 1,5 milliard d’euros. Et après la Chine en juin, le Koweït lui a passé commande en août de 30 Caracal pour un milliard d’euros. Ces appareils seront d’ailleurs construits à Marignane. « Il faudra attendre au moins un an pour que cela monte en production. Mais au moins, cela nous donne un peu de visibilité », conclut Didier Hacquart.