Le skatepark le plus mythique de Californie est marseillais

SKATEBOARD Le bowl du Prado a inspiré celui d'Huntington Beach...

C.L.

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Le bowl de Marseille en 2011, pendant la Orange Freestyle Cup
Le bowl de Marseille en 2011, pendant la Orange Freestyle Cup — VILLALONGA KARINE

Le skatepark de Marseille a fêté cet été ses 25 ans. Un anniversaire qui permet de se gargariser d’un succès peu connu : le bowl du Prado, construit en 1991, a inspiré des dizaines de parcours dans le monde. Dont le mythique skatepark d’Huntington Beach en Californie, un bowl éphémère reconstruit chaque année pour l’ US Open of Surfing, un des plus grands rendez-vous annuels de la discipline.

« Ils ont repris les bonnes lignes et l’ont adapté à leur sauce, détaille Jean-Pierre Collinet, le créateur du bowl de Marseille. Les connaisseurs l’appellent d’ailleurs le "Marseille replica" ».

>> A lire aussi : Le bowl de Marseille pourrait (enfin) être rénové en 2017

 

25th years later, still the best place on earth ❤️

Une photo publiée par Tomas Lemoine (@tomaslemoine) le 4 Sept. 2016 à 13h23 PDT

Le pendule de Newton appliqué au skate

Pourquoi le concept français a-t-il été copié ? « Mon projet était à contre-courant », raconte celui qui est aujourd’hui reconverti dans les assurances. L’architecte a conçu un lieu multidisciplinaire, intergénérationnel, basé sur la conservation des énergies, ici la vitesse du skateur. C’est le principe du pendule de Newton. « Le skateur acquiert une grande vitesse sans moteur ou aucune aide, développe-t-il. Ça paraît naturel mais ça ne l’est pas. »


Si les Etats-Unis étaient déjà leaders du skate mondial, la tendance était dans les années 80, aux rampes en bois, aux modules périssables et au recyclage de piscines désaffectées. Les skateparks en durs étaient eux, quasiment tous détruits. Mais Jean-Pierre, fou de skate autant que d’architecture, se lance dans une réelle « démarche intellectuelle très poussée », comme il qualifie lui-même son travail. Et veut construire une structure pérenne, en béton. Intégré au projet de Gaston Deferre - maire de Marseille à l’époque -, il installe en juillet 1991 son bowl sur les plages du Prado.

L’INPI n’en a pas voulu

Rapidement, le lieu attire les plus grands noms de la discipline, comme en 1999, lors de la première compétition de grande ampleur :

Dès 1992-93, les premières répliques ou « inspirations », pullulent en Europe. Lugano en Suisse, d’abord, de mémoire d’architecte. « On reconnaissait souvent la raquette », se souvient le créateur. Mais en Californie, en Suisse ou au Brésil, personne n’a consulté Jean-Pierre Collinet. Ni pour réclamer son aide, encore moins sa permission. « Une fois j’étais sur Instagram et je suis tombé sur une réplique du bowl, raconte-t-il, philosophe 25 ans après. Sur le moment, j’étais un peu vexé et fier aussi. J’avais essayé de déposer mon idée à l’INPI (institut national de la proriété industrielle) à l’époque mais on m’avait envoyé balader. » Avec Internet, les copies se sont multipliées, surtout depuis que le jeu de skateboard Tony Hawk a intégré en 2000 le bowl du Prado aux spots proposés. « Les gens peuvent directement voir la modélisation », confirme l’inventeur.

Sans le vouloir, Jean-Pierre Collinet a bâti la légende du bowl de Marseille. Si le skatepark est toujours réputé, le lieu fait davantage parler de lui aujourd’hui pour ses fissures et sa rénovation qui tarde à venir. Pour l’anecdote, il faut savoir qu’une planche de Tony Hawk est conservée dans les collections du Mucem. Une petite trace du passé de Mecque du skate de Marseille.