OM: Dette et détournement de fonds, le passé sulfureux de Frank McCourt est-il forcément inquiétant pour le club?

FOOTBALL Le passage du nouveau propriétaire de l'OM dans le monde du baseball n'a pas de quoi rassurer les supporters marseillais...

C.L.

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Frank McCourt à Marseille le 29 août 2016
Frank McCourt à Marseille le 29 août 2016 — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Passé le soulagement de l’annonce – bien que la vente ne soit toujours pas actée – le profil du repreneur de l’OM, Frank McCourt, inquiète. Classé deuxième pire propriétaire d’un club de baseball, l’homme d’affaires a laissé les Dodgers de Los Angeles en faillite avec près de 200 millions de dettes et est soupçonné d’avoir détourné plus de 180 millions de dollars pour régler ses problèmes privés. De quoi faire tiquer des supporters las de l’actionnariat de Margarita Louis-Dreyfus. A tort ?

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« Frank McCourt est un business man, il ne faut pas se leurrer là-dessus », annonce d’emblée Pierre Rondeau, économiste du sport. Comprendre ni un passionné philanthrope ni un investisseur aux fonds illimités. McCourt est certes fortuné – entre 2 et 4 milliards de dollars selon L’Equipe - mais bien moins que Margarita Louis-Dreyfus – presque 7 milliards – et à des années-lumière des Qataris du PSG, dont les fonds propres avoisinent les 200 milliards. L’ancien patron de baseball s’implante à Marseille pour faire de l’argent.

Le scénario pessimiste : Injecter de l’argent pendant 5 ans et revendre à prix d’or

« Le profil de McCourt est extrêmement risqué », estime Pierre Rondeau. L’homme d’affaires a acheté les Dodgers en 2004 pour une somme faible – 421 millions - et a généré, à la revente en 2012, une plus value historique de plus d’1, 5 milliard. L’Olympique de Marseille a tout pour devenir son nouveau jouet juteux. Le club couterait environ 50 millions. « C’est bradé, analyse l’économiste. La marque OM reste extrêmement cotée en France. » Le stratège pourrait investir suffisamment pour redresser le club sportivement, afin d’accroître sa valeur. Sans vider la banque. En investisseur prudent, le natif de Boston pourrait même poursuivre le style Vincent Labrune : joueurs prêtés, TPO et absence de politique sportive pérenne. Il le revendrait alors dans 4 ou 5 ans, avec une belle plus value.

Chez les Dodgers pourtant, le sportif n’avait pas vraiment suivi, le club ne gagnant aucun titre en neuf saisons. « C’est un tout autre modèle, explique le spécialiste. Dans le baseball US, les ligues sont fermées, il y a un salary cap et des droits TV fixes, il y a moins d’aléas. Dans le foot français, il y a une corrélation de 79 % entre les résultats et l’argent. » Pour être bon, il faut être riche. Et pour être riche, il faut être bon. L’OM sera donc obligé de performer si McCourt veut gagner de l’argent. Et l’OM ne performera que si McCourt ouvre le portefeuille.

Le scénario optimiste : Injecter de l’argent et miser sur l’Afrique à long terme

Bon point pour l’OM, en ruinant les Dodgers, McCourt est devenu milliardaire. Il a donc de quoi redorer le blason du club, qui attend désespérément une nouvelle heure de gloire depuis 1993. Mais quel intérêt pourrait trouver un business man américain dans un club de foot français à la peine ? L’Afrique. « Aucun dirigeant n’en a tiré profit jusque-là mais l’OM est extrêmement populaire en Afrique. » C’est même, d’après un sondage de 2013, le club préféré sur le continent. L’hypothèse est audacieuse mais quand on sait qu’un tiers de la population vivra en Afrique en 2050, il est certain que les chefs d’entreprise lorgnent sur le continent. « La potentialité de consommateurs sera énorme », souligne Pierre Rondeau. Et là où le PSG mise sur l’Asie depuis l’arrivée des Qataris, l’OM n’a pas encore entamé sa « mondialisation ». L’ère McCourt pourrait tout changer.

Ce qui n’arrivera pas : un PSG bis

Même s’il n’y a pas forcément de quoi frémir en découvrant le passé de cet investisseur sulfureux, les supporters ne doivent pas s’attendre à voir débarquer « des noms ronflants » à la Commanderie, assure l’économiste. Là où le budget du PSG était de 490 millions la saison passée, il serait moitié moins élevé à Marseille, d’après les prévisions qui apparaissent depuis lundi. « Les Qataris ont débarqué à Paris dans un but diplomatique, appuie Pierre Rondeau, ils ont tout de suite annoncé vouloir dépenser sans compter et n’ont aucun intérêt à générer du cash. » Frank McCourt poursuit exactement la logique inverse. Sans que l’on puisse prédire si son appât du gain sera réellement profitable au club.