Après la décision du Conseil d’État, «l'essentiel maintenant, c'est de respecter la loi»

REPORTAGE «20 Minutes» est allé à la rencontre de musulmans à Marseille, après que le Conseil d'Etat a suspendu l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet...

M.P.

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Photo d'illustration — Gérard Julien AFP/Archives

Les fidèles ne sont pas nombreux cet après-midi-là dans la petite mosquée El Badr, située à côté de la gare Saint-Charles à Marseille. Cette association s'est faite connaître en signant, il y a quelques mois, un compromis de vente avec le Consistoire de Marseille pour acheter une synagogue rue Saint-Dominique afin de la transformer en mosquée pour accueillir ses fidèles lors des grandes prières du vendredi.

Mais à cette heure-ci, la petite mosquée de la rue Mission de France est quasiment vide. Quelques hommes vont et viennent pendant deux enfants s’amusent à se poursuivre. Et les rares présents ne sont pas très loquaces quand il s’agit d’évoquer l’affaire du burkini et (peut-être) de son dénouement : la décision du Conseil d’Etat de suspendre l’arrêté d’interdiction de la commune de Villeneuve-Loubet.

« Je ne peux pas parler. Il faut voir un responsable », lâche rapidement un fidèle avant de s'éclipser. Ce dernier arrive très vite mais avec la même réponse. « On ne répond pas à ce genre de question, indique-t-il avec un grand sourire. Ici, on ne fait pas de politique. On reste à l’écart de toutes ces polémiques. Nous sommes des religieux. Nous n’avons donc aucun intérêt à parler. »

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« Un manque de respect »

Déjà tendu par les attentats, le climat créé ces dernières semaines par cette nouvelle polémique n’incite pas les fidèles ou les responsables religieux à prendre la parole publiquement. La photo de cette femme sur une plage de Nice, cernée par plusieurs policiers municipaux et contrainte de retirer son voile, a achevé de marquer les esprits.

C’est ce que confirme Amar Tazir, membre du bureau du conseil régional du culte musulman et responsable de la mosquée de la Porte d’Aix qui se trouve à quelques centaines de mètres de là : « Quand on met un PV pour un voile sur une plage, c’est un manque de respect, assène-t-il. Ce n’est pas cela la laïcité, ce n’est pas cela la liberté. »

Tout en se déclarant « très satisfait » de la décision du Conseil d’Etat, il renvoie désormais les « autorités » à leur responsabilité : « Tout le monde sait que la situation est très sensible à cause des attentats. Les musulmans de France n’ont rien à voir avec Daesh et pourtant, à chaque fois, ils nous mettent la pression et nous font payer les pots cassés. Ils mettent de l’huile sur le feu (...). Aujourd'hui, le Conseil d'Etat nous a rendu justice. L’essentiel maintenant, c’est de respecter la loi. »