Avec le burkini, «on mélange beaucoup de choses»

REPORTAGE Alors que le Conseil d’Etat planche sur l’interdiction de cette tenue de bain, « 20 Minutes » est allé sur la plage des Catalans à Marseille recueillir l’avis des estivants…

Mickael Penverne
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La plage des Catalans
La plage des Catalans — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

C’est drapeau orange aujourd’hui sur la plage des Catalans à Marseille. La mer est calme, les gamins crient, ça sent la crème solaire et le monoï, et les vieux habitués papotent sur leurs chaises en plastique à l’ombre des préfabriqués. Un jeune couple de Parisiens vient de s’installer sur le banc de béton. Musulmane, Houda, 23 ans, porte le voile depuis l’âge de 15 ans – et un petit piercing sur le nez. Sur la plage, elle met parfois un t-shirt, mais pas de burkini.

« Cette polémique me fatigue, soupire-t-elle. C’est toujours la même chose. Beaucoup de gens se focalisent sur cette histoire comme si il n'y avait pas d’autres problèmes en France. Au final, on rentre souvent dans de la méchanceté. C’est gratuit. » Son mari Hakim, 23 ans lui aussi, opine vaguement en préparant la chicha : « Ouais, chacun doit être libre de faire ce qu’il veut. »

Les seins nus

Pour autant, la jeune femme dit comprendre « d’une certaine façon la réaction des gens » : « Il y a eu les attentats et les gens ont peur. Et puis, je suis française mais d’origine maroco-tunisienne. Et je me mets à la place des autres. Si des Françaises venaient sur les plages du Maroc ou de Tunisie les seins nus, je suis sûr que certains de nos pères ou de nos oncles iraient se plaindre immédiatement. »

La polémique sur le burkini, sur lequel doit se prononcer le Conseil d’Etat, est née à quelques kilomètres de la plage des Catalans. Lorsque l’association SMILE 13 a souhaité « privatiser » le parc d’attraction Speedwater Park, aux Pennes-Mirabeau, pour une journée réservée aux femmes et aux enfants, où le port du burkini serait de mise. L’initiative – qui a été annulée depuis - a aussitôt provoqué une levée de bouclier de certains élus, surtout de droite et d’extrême-droite.

Les bouts de tissu

En quelques semaines, une trentaine de communes, principalement en région PACA, ont pris des arrêtés pour interdire ces tenues sur leurs plages. Dans les Bouches-du-Rhône, Saintes-Maries-de-la-Mer, Cassis et La Ciotat ont banni le burkini. Pas Marseille où de nombreux élus ont déjà condamnés ces interdictions. Dans une récente tribune, Samia Ghali, maire et sénatrice (PS) des quartiers nord, fustige ainsi une laïcité « dévoyée et utilisée à contre-emploi » et une classe politique française qui « compte les bouts de tissu ».

Marie, 20 ans, s’est posée à l’ombre pour fumer une clope. Cette Lilloise, qui vient de débarquer sur la plage des Catalans pour quelques heures, n’a pas suivi de « trop près » la polémique. Embarassée, elle n’a pas d’avis tranché sur la question. D’un côté, « c’est leur choix ». De l’autre, « c’est quand même un vêtement dégradant pour la femme. Je ne vois pas pourquoi les hommes auraient droit d’être en slip alors que les femmes sont complètement voilées ».

Turban en Angleterre et hijab en Ecosse

De leur côté, Joseph et Jina sont effarés par cette nouvelle polémique. Ce couple de Britanniques - lui est anglais et elle écossaise - qui attend son bus, n’en revient de ces débats interminables. « C’est de la folie. Si quelqu’un veut s’habiller comme ça, il doit pouvoir le faire », explique le jeune homme de 35 ans prenant l’exemple des policiers sikh anglais autorisés à garder leur turban et des policières écossaises qui pourront désormais garder leur hijab.

« Je comprends très bien que les gens ont peur depuis les attentats mais là, on mélange beaucoup de choses, renchérit Jina. Ici, sur cette plage, je vois des hommes avec des shorts qui descendent jusqu’aux genoux ou avec des t-shirts manches longues. Je vois aussi une femme avec une robe de plage. Jusqu’où va-t-on aller ? Ira-t-on jusqu’à mesurer les vêtements ? Le burkini, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est de mettre des barrières entre les gens ».