Marseille: Les parents de Nicolas Pisapia «surpris, déçus et révoltés»

JUSTICE Installés à Velaux, près d’Aix-en-Provence, ils sont prêts à vendre leur maison pour défendre leur fils…

Mickael Penverne

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Nicolas Pisapia à Saint-Domingue.
Nicolas Pisapia à Saint-Domingue. — AFP

« Nous avons été surpris, déçus puis révoltés ». Les parents de Nicolas Pisapia ont du mal à encaisser le choc de la condamnation en appel de leur fils par la justice de Saint-Domingue. Ils avaient placé beaucoup d’espoir dans ce second procès pour démontrer l’innocence de leur fils. « La défense avait démonté point par point les arguments de l’accusation et certains juges semblaient y avoir été sensibles », raconte Claude Pisapia de sa maison de Velaux, près d’Aix-en-Provence.

Nicolas Pisapia, seul Français à comparaître dans l’affaire dite Air Cocaïne, a été condamné mercredi à 2 heures (heure de Paris) à 20 ans de prison pour trafic de drogue. Le soir du 19 mars 2013, il se trouvait dans le salon VIP de l’aéroport de Punta Cana quand des hommes du service antidrogue de la République Dominicaine l’ont interpellé. En fouillant l’avion dans lequel il s’apprêtait à embarquer, avec trois autres Français, ils découvrent près de 700 kg de cocaïne.

Claude et Monique Pisapia chez eux à Velaux (archives)
Claude et Monique Pisapia chez eux à Velaux (archives) - MickaÎl Penverne / 20 Minutes

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Rendez-vous au Quai d’Orsay

Condamné à 20 ans en première instance, il avait été laissé en liberté surveillée en attendant son second procès. Malgré la confirmation de la peine par la cour d’appel, il n’a pas été placé en détention et reste en liberté. « Heureusement, il évite une incarcération. Il ne l’aurait pas supporté, surtout pour une durée si longue, souffle son père. Le fait de rester libre lui a remonté un peu le moral. Il a été atteint au début mais il commence à reprendre du poil de la bête ».

Depuis Velaux, la famille de Nicolas Pisapia s’est mobilisée pendant des mois pour réclamer une justice « équitable et loyale », notamment après l’évasion rocambolesque des deux pilotes de l’avion qui leur a fait craindre un durcissement de la position de la justice dominicaine. Claude et Monique Pisapia ont écrit au président de la République et au ministre des Affaires étrangères. Quelques élus locaux comme les députés Christian Kert (LR) et Jean-Pierre Maggi (PS), ou les Marseillais Jean-Marc Coppola et Marie-Françoise Pallois (FG), leur ont apporté leur soutien.

« On a été reçu le 17 mai au Quai d’Orsay par le chef de cabinet du ministre Jean-Marc Ayrault. Mais à la fin de l’entretien, il nous a dit que la France ne pouvait rien faire », soupire Claude Pisapia. L’espoir de la famille réside désormais dans le recours déposé auprès de la Cour suprême de Saint-Domingue. « Elle dispose d’un pouvoir plus large que la cour de cassation puisqu’elle peut juger sur le fond », souligne l’avocat français de Nicolas Pisapia, Julien Pinelli. Selon le conseil aixois, la Cour suprême pourrait mettre six mois avant de prendre une décision.

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Vendre la maison

« Cette condamnation en appel est une étape. Il en reste d’autres », ajoute l’avocat. La défense envisage de « solliciter » le procureur général de Saint-Domingue, l’équivalent du ministre de la Justice en France, pour lui demander de « poser un ultime regard sur la procédure ». « Nous ne pouvons pas exclure qu’il y ait eu des interactions dans un système judiciaire où nous avons constaté à plusieurs reprises une grande opacité », conclut l’avocat aixois.

Après avoir dépensé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour assurer la défense de leur fils, les parents du Français songent, de leur côté, à vendre leur maison afin de « continuer le combat » : « Sur le plan financier, c’est très difficile, reconnaît Claude Pisapia. Nicolas ne peut pas travailler puisqu’il n’a pas de papier. Nous devons donc subvenir à tous ses besoins. Mais nous avons épuisé toutes nos réserves. Nous allons sans doute la mettre en vente, nous n’avons plus le choix ».