PACA: Les professionnels du tourisme inquiets du Brexit

ECONOMIE Les ressortissants britanniques représentent 59% des touristes dans la région...

Mickael Penverne

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Marseille le 18 mai 2014 - Illustration sur le tourisme sur le vieux port
Marseille le 18 mai 2014 - Illustration sur le tourisme sur le vieux port — P.Magnien / 20 Minutes

L’ombre du Brexit plane sur la saison touristique, industrie majeure en région PACA. Chaque année, Provence Alpes Côte d’Azur accueille environ 30 millions de visiteurs. L’activité représente 11 % du PIB régional, concerne 25.000 entreprises et pèse 140.000 emplois. Selon un sondage commandé par le comité régional du tourisme, 69 % des professionnels sont « satisfaits de la saison et optimistes pour les mois de juillet-août ». Pour autant, la saison 2016 ne devrait pas être aussi bonne que celle de 2015, une « année exceptionnelle » selon les professionnels.

Le « climat d’insécurité » lié aux attentats de Paris et de Bruxelles « freine les réservations de certaines clientèles internationales », note d’abord le comité. Ensuite, le mouvement social contre la loi travail et les débordements en marge des manifestations « ont été très largement repris par les médias et les réseaux sociaux dans certains pays. Ces événements contribueront certainement à la désaffection de certaines clientèles issues notamment des marchés lointains. Elles sont en effet particulièrement attentives à la sécurité ».

Le retour du visa

Mais la plus grande incertitude cette année provient d’outre-manche. Le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’Union européenne plonge les professionnels du tourisme dans un abîme de perplexité. En 2015, la France a accueilli près de 12 millions de touristes anglais, soit 80 millions de nuitées. Or, cette clientèle aime particulièrement la région. Le Royaume-Uni représente, à lui seul, 59 % de la clientèle étrangère en PACA, soit 7,2 millions de nuitées et une consommation en biens et services de 800 millions d’euros.

Pour l’instant, le « Brexit » n’a pas entraîné d’annulation des réservations et il est encore difficile d’évaluer l’impact sur l’économie régionale « tant au niveau de la fréquentation, des chiffres d’affaires que des emplois ». En revanche, le plongeon de la livre sterling par rapport à l’euro donne déjà des sueurs froides au secteur. « Pour les voyageurs britanniques, l’affaiblissement de la livre sterling va réduire leur pouvoir d’achat en vacances dans la zone euro, indique le comité régional du tourisme. On peut donc s’attendre à une désaffection d’une partie de la clientèle britannique pour cet été 2016 ».

A l’annonce du « Brexit », l’action d’Easyjet a perdu 20 % de sa valeur et celle de Ryanair 15 %, précise aussi le comité. Or, ces deux compagnies jouent un rôle capital dans l’acheminement des touristes dans la région. S’il venait à se confirmer, leur affaiblissement n’arrangerait pas les affaires de l’aéroport de Marseille-Provence qui a misé une grande partie de sa croissance sur le développement des vols low-cost. Enfin, le comité régional du tourisme craint le retour du visa obligatoire pour les ressortissants Britanniques, « ce qui risque de compliquer leurs déplacements » à l’étranger.

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L’effet Euro 2016

« Notre mariage avec les Anglais a plutôt bien fonctionné. Mais aujourd’hui, c’est un divorce, a observé lundi Renaud Muselier, président du comité régional du tourisme mais aussi député européen au Parlement de Strasbourg. Quand un couple ne s’entend plus, il ne peut plus vivre dans la même maison. Il faut donc se séparer gentiment et le faire vite (…). Le Royaume-Uni est en train d’exploser ou risque d’exploser. Et ça, il faut l’éviter. Il faut donc fixer une ligne et sortir par un accord à l’amiable ».

Pour compenser cette perte « probable » des touristes anglais ou gallois, les professionnels du tourisme placent une partie de leurs espoirs dans « l’effet Euro 2016 ». « On voit bien que l’Euro remplit les hôtels du département », signale Renaud Muselier avant de rappeler que les retombées économiques de la compétition à Marseille avaient été estimées à 180 millions d’euros. Les professionnels comptent également sur la clientèle française mais aussi allemande, italienne, néerlandaise ou suisse qui représente environ la moitié des visiteurs étrangers.