Supporters russes jugés: «Il n’y a pas de légitime défense quand on balance des cailloux»

JUSTICE Trois «hooligans» comparaissaient jeudi devant le tribunal de Marseille...

Mickael Penverne

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Des supporters russes lancent des chaises sur des supporters anglais le 14 juin 2016 à Marseille
Des supporters russes lancent des chaises sur des supporters anglais le 14 juin 2016 à Marseille — LEON NEAL AFP

Le tribunal correctionnel de Marseille a (lui aussi) frappé fort. Après avoir jugé lundi des supporters anglais et français, il a condamné jeudi trois supporters russes, poursuivis pour violences commises en réunion lors de manifestation sportive et participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences, à des peines allant d’un à trois ans de prison, avec mandat de dépôt, et interdiction de territoire.

Les trois supporters jugés en comparution immédiate ont été interpellés mercredi à Mandelieu-la-Naplouse, dans les Alpes-Maritimes, avec 40 autres russes, provoquant une mini-crise diplomatique entre la France et la Russie. Une vingtaine ont été relâchés après leur garde à vue mais Aleksel, 29 ans, n’est pas passé entre les mailles du filet. « Responsable » d’un club de supporters du Locomotiv Moscou, le jeune homme a une allure de « golgoth », tout droit sorti d’une salle de musculation.

Des trous de mémoire

Il se trouvait à Marseille le 11 juin sur le cours Estienne-d’Orves, là où les affrontements les plus violents se sont déroulés. Sur une vidéo réalisée par un hooligan russe, on le voit furtivement en train d'agiter les bras. Dans une autre, celle d’une caméra de vidéosurveillance, il remonte les escaliers qui mènent à la rue Fort-Notre-Dame où se déroulèrent d’autres incidents avec les Anglais.

Devant le tribunal, il ne se démonte pas : il se reconnaît sur les images mais nie avoir participé aux « fights », qui ont fait un blessé grave. « J’ai les mains propres », déclare-t-il avant d'affirmer avoir reçu une bouteille sur la tête et avoir des « trous de mémoire » - il a effectivement une entaille en haut du front. Son avocat rappelle, à juste titre, qu’on le voit frapper personne.

« On le voit courir après quelqu’un et puis c’est tout [...]. Il faut un minimum de preuves. On ne peut pas être condamné parce qu’on est là au mauvais endroit et au mauvais moment », souligne-t-il. Anticipant l’argument, le procureur André Ribes sort une jurisprudence de la Cour de cassation qui définit la « co-action ». En gros, être à côté de quelqu’un qui frappe un tiers suffit à prouver sa participation à l’action. Aleksel écope de deux ans de prison et deux ans d’interdiction du territoire.

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Une fuite en avançant

Serguei a été pris en photo en train de lancer un projectile sur des Marseillais. On ne sait pas si c’est une bouteille ou une pierre, et on ne sait pas si ce lancé a blessé quelqu’un mais à l’audience, le jeune homme, qui fait partie lui aussi d’une association de supporters russe, explique qu’il était attaqué de toutes parts et qu’il ne faisait que se défendre.

Sauf qu’une vidéo le montre en train de mener une charge contre un autre groupe entre le Vieux-Port et une rue adjacente. « Je n’ai jamais vu une fuite en avançant, ironise le procureur. Il n’y a pas de légitime défense quand on balance des cailloux. Il est venu clairement pour se battre. » Serguei est condamné à 18 mois d’emprisonnement et deux ans d’interdiction du territoire.

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La faute des autres

Comme ses collègues, Nicolai fait partie d’un club de supporters russes, celui du Dynamo Moscou. Epaules larges et bras musclés, le jeune homme en est même le « responsable logistique ». Sur une vidéo, on le voit en train de courir avec un groupe sur le cours Estienne-d’Orves. Rien de plus. Mais à quelques mètres de là, un supporter anglais se trouve entre la vie et la mort, souffrant d’une commotion cérébrale après avoir reçu plusieurs coups de barre de fer.

Nicolai raconte à l’interprète du tribunal que ce sont les supporters anglais qui les ont provoqués et insultés. « Mais je suis parti quand j’ai vu que ça dégénérait, assure-t-il. Je suis resté loin des affrontements et je n’ai eu aucun contact physique » avec les Anglais et les Marseillais.

Son avocat souligne que la vidéo, encore une fois, ne montre pas grand-chose : « On le voit aller dans un sens, puis revenir dans un autre, en enlevant ses lunettes de soleil. Si tout à l’heure, vous n’aviez pas grand-chose, cette fois, vous avez moins que rien. » Nicolai écope pourtant de 12 mois de prison et de deux ans d’interdiction du territoire.