Interdiction de la vente d'alcool à Marseille : «C'est franchement bidon!»

SOCIETE La préfecture de police a étendu le périmètre d'interdiction de la vente d'alcool...

M.P.
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A l'intérieur d'une épicerie de la rue Breteuil.
A l'intérieur d'une épicerie de la rue Breteuil. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

Après les violences entre supporteurs russes, anglais et français samedi sur le Vieux-Port qui ont fait 35 blessés, dont un très grave, la préfecture de police a décidé mardi d’étendre l’interdiction de la vente d’alcool à emporter jusqu’à la fin de l’Euro 2016. Avant le début de la compétition, le préfet de police Laurent Nunez avait déjà pris deux arrêtés pour interdire la vente d’alcool à emporter autour de la fan-zone, autour du stade Vélodrome, dans l’aéroport de Marignane et dans la gare Saint-Charles les jours de match.

Autre interdiction mais à destination cette fois des bars et des pubs : utiliser des verres. Les débits de boissons doivent servir leurs pintes dans des gobelets en plastique pour éviter que les bouteilles ne servent de projectiles dangereux. Mardi, à la veille du match France-Albanie, qui doit se dérouler à Marseille mais qui n’est pas classé à risque, le représentant de l’Etat a étendu cette interdiction au centre-ville, « ainsi qu’aux axes reliant ce périmètre à celui du stade Vélodrome ». L’interdiction concerne ainsi la rue Paradis qui va de la Canebière jusqu’à l’avenue du Prado.

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Entre fatalisme et exaspération

« Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse, soupire une commerçante dans une supérette du bas de la rue Paradis. On va faire avec. On n’a pas le choix. En même temps, cela ne va leur faire de mal de ne pas boire ». La rue Breteuil est également concernée par cette interdiction. Dans sa petite épicerie, située à cinq minutes du Vieux-Port, Ezzedine est furibard : « C’est franchement bidon ! Si je vais aux Quatre-Septembre (dans le 7e arrondissement), je peux trouver un pack (de bières) et aller foutre le bordel tranquillement sur le Vieux-Port ».

Depuis le début de la compétition, Ezzedine reconnaît travailler « mieux que d’habitude ». « Mais pas autant » qu’espérer, ajoute-t-il. Cette interdiction, qu’il a reçue de la main même des policiers et qui interdit aussi la vente d’alcool les veilles, jours et lendemains de match dans tout le périmètre, l’accable littéralement. « Et s’ils (les supporteurs) débarquent à plusieurs et qu’ils veulent de l’alcool, qu’est-ce que je fais ? Je leur dis non ? Mais ils vont tout casser ! » Du coup, il songe à fermer sa petite boutique les jours de match.

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« La France fout le camp »

Pourtant, comme les autres commerçants du centre-ville, il voulait croire à la fête et à l’engouement populaire. Il a même décoré son échoppe avec des petits drapeaux des pays participants et des petits ballons de football. Pour achever de l’inquiéter, un de ses collègues de la rue Breteuil vient lui dire de faire attention aux Ukrainiens et aux Polonais, dont les deux équipes se rencontrent le 21 juin au Vélodrome. C’en est trop pour Ezzedine qui lève les yeux au ciel : « Moi, je vous le dis : la France, elle ne maîtrise plus la situation. La France, elle fout le camp ».

Après les affrontements de samedi, plusieurs restaurateurs et propriétaires de bars du Vieux-Port ont décidé de se rassembler au sein d’une association baptisée les Tables Quai de Rive-Neuve qui sera présentée officiellement mercredi. « Les politiques, les acteurs économiques et les membres de la sécurité publique du territoire sont invités et attendus pour répondre aux interrogations des restaurateurs en vue d’une organisation optimale et coordonnée des prochaines rencontres de l’Euro 2016 », indiquent-ils dans un communiqué.