Supporters jugés à Marseille: «Je n'ai rien à voir avec un hooligan»

JUSTICE Les supporters passaient en comparution immédiate…

Mickael Penverne

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Des gaz lacrymogènes lancés pour disperser des supporters de foot anglais, le 11 juin 2016 à Marseille
Des gaz lacrymogènes lancés pour disperser des supporters de foot anglais, le 11 juin 2016 à Marseille — LEON NEAL AFP

Ils ont été les grands absents de cette après-midi d’audience au tribunal correctionnel de Marseille : les hooligans russes, responsables sans doute des plus grandes violences samedi sur le Vieux-Port. Ils étaient environ 150 dans les rues de Marseille samedi mais aucun dans le palais de justice lundi dans la salle d’audience pour les comparutions immédiates.

A la place est d’abord apparu Alexander, 20 ans, un jeune anglais, visage fin et cheveux courts. Ce cuisinier a encore sur les épaules le maillot de l’équipe anglaise quand il comparait devant le tribunal. Comme la plupart de ses compatriotes présents sur le Vieux-Port, Alexander était complètement ivre lorsqu’ont éclaté les premiers incidents.

Les gendarmes mobiles l’accusent de les avoir insultés et de leur avoir balancé une bouteille de bière. Le jeune anglais parle d’un gobelet en plastique qu’il affirme avoir lancé sur la foule. Alexander raconte aussi être venu avec son père pour suivre l’équipe d’Angleterre en France pendant cet Euro 2016. Ils fêtaient son anniversaire ce week-end.

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Affolement

Le jeune homme regrette évidemment – tout le monde regrette dans une salle d’audience. Il s’excuse. « J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment. Je n’ai rien à voir avec un hooligan », explique-t-il la tête basse. Le procureur assure qu’il ne veut pas faire d’exemple « mais veut une peine juste ». Il demande pourtant deux mois de prison ferme avec mandat de dépôt et deux ans d’interdiction du territoire français.

En entendant ces réquisitions, Alexander roule des yeux, complètement paniqué. Il ne comprend pas : son jet de bouteille – ou de gobelet en plastique – n’a blessé personne. Dans la salle d’audience, son père, un grand gaillard rougi par le soleil, tente comme il peut de le rassurer. Mais lui aussi est affolé.

Verdict, une heure plus tard : deux mois de prison. Le jeune homme se prend la tête dans les mains. Son père, redevenu blanc comme un linge, se lève : « C’est une erreur. On va se battre. » Le jeune homme part en détention.

Les supporters anglais à Marseille le 10 juin 2016
Les supporters anglais à Marseille le 10 juin 2016 - CL

 

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Copains de beuverie

Vient ensuite le tour de Ian, 42 ans, un grand chauve avec une chemisette bleue, interne dans un hôpital psychiatrique. Il a été interpellé dans la nuit de samedi à dimanche dans le 1er arrondissement, après avoir avoir balancé une bouteille de bière sur des policiers. Il était ivre évidemment.

« Ils étaient trop loin. Je ne pouvais pas les atteindre », explique-t-il devant le tribunal. Son avocate précise qu’il voulait surtout « impressionner » ses nouveaux amis, copains de beuverie croisés au retour du stade Vélodrome. Le procureur réclame trois mois de prison ferme avec deux ans d’interdiction de territoire. Une fois encore, le tribunal suit les réquisitions : trois mois ferme.

Une pinte et une gifle

C’est au tour maintenant de David. Ce jeune aixois est accusé d’avoir frappé, vendredi soir c’est-à-dire la veille des affrontements sur le Vieux-Port, un supporteur anglais pour lui voler son drapeau, puis un autre pour lui voler son maillot. Comme les autres, il avait « bu quelques coups » dans un pub avant que la situation dégénère.

Tout a démarré par une altercation avec un groupe d’Anglais. L’un d’entre eux lui balance une pinte et un autre lui colle une gifle. David bat en retraite mais il est très énervé. Il coince un supporteur britannique au hasard et lui donne des coups de ceinture. Un peu plus loin, il en chope un autre, avec des complices, et tente de lui arracher son maillot.

Des supporters anglais lancent des bouteilles sur les forces de l'ordre le 11 juin 2016 à Marseille
Des supporters anglais lancent des bouteilles sur les forces de l'ordre le 11 juin 2016 à Marseille - LEON NEAL AFP

 

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Chasse aux Anglais

Au tribunal, David, qui travaille dans une société de location de voiture, lit une déclaration pour se défendre, exprime à plusieurs reprises sa « honte », condamne ses « actes d’une profonde stupidité » et reconnait finalement, dans un soupir : « Après la gifle, j’étais très vexé. »

Le procureur réclame deux ans de prison avec mandat de dépôt : « Soit c’était un moment à part dans sa vie (…), soit c’était une chasse aux Anglais », justifie-t-il. La réquisition coupe le souffle de l’avocat : « Est-ce que cela mérite deux ans de prison ? » Le jeune aixois écope de deux ans prison dont un an avec sursis.

Lancés de bouteilles

Parmi les autres prévenus renvoyés en comparution immédiate, voici Ashley, un jeune père de famille qui vit encore chez sa mère. Il a déjà été condamné à une amende en Angleterre pour ivresse dans un stade. Samedi dernier, il était fin saoul quand il est interpellé près du rond-point du Prado. A lui aussi, on lui reproche d’avoir lancé des bouteilles de bière vers les policiers.

Trois ou sept lancés ? Les versions divergent mais aucun projectile n’a touché les forces de l’ordre. Le procureur réclame trois mois de prison. Son avocate fait mine de s’étonner : « Les Russes sont venus à Marseille de manière très structurée. Ils étaient là pour en découdre. Mais aujourd’hui, aucun n’est là pour s’exprimer. » Ashley écope de trois mois de prison ferme.