Marseille: Un film sur le «commando fada» Massilia Sound System

CULTURE Le réalisateur des «Quatre saisons d'espigoule» a suivi le groupe pendant sa tournée des 30 ans...

Mickael Penverne

— 

Gari et Papet J au Cabaret Sauvage à Paris
Gari et Papet J au Cabaret Sauvage à Paris — Les films d’Espigoule

Après le 12e album, le livre (aux éditions le Mot et le reste) et la tournée des 30 ans, voici le film. Le groupe marseillais Massilia Sound System est l’objet d’un « documentaire musical » qui sortira sur les écrans à l’automne prochain mais qui a été présenté mardi à la presse en avant-première au cinéma les Variétés (avant une autre avant-première, pour le public cette fois, le 16 juin au théâtre Sylvain). Baptisé simplement Massilia Sound System – le film, le long-métrage a été réalisé par Christian Philibert, auteur déjà des 4 saisons d’Espigoule, Travail d’Arabe et Afrik’aïoli.

A lire : Une tournée d'Aïoli au Sénégal

Le documentaire plonge le spectateur dans les coulisses de la tournée des 30 ans (2014-2015) du groupe. Aux déclarations d’amour de leur public et aux répétitions succèdent quelques moments forts sur scène comme cette apparition surprise de Catherine Ringer (ex-Rita Mitsouko) au Dock des suds chantant à l’unisson avec le groupe Paris tremble, Paris est malade. Sans oublier ce final sur la scène du Cabaret Sauvage à Paris où la formation ne déroge pas à l’un de ces plus fameux rites : la distribution de « pastagas » au public.

Fraternité et lien social

Le documentaire propose aussi des interviews des membres du groupe (qui approchent pour certains de la soixantaine) et des images d’archives sur les débuts de la formation. Pourtant, le réalisateur – et Massilia Sound System - réfutent le terme de biographie, sans doute synonyme pour eux de fin de cycle, et de carrière. « C’est un film sur le moment, sur le présent et le futur. Peut-être que le bilan ne se fera jamais, insiste Gari Grèu. Pour l’instant, nous sommes partis sur des projets solos mais on se remettra rapidement sur le prochain chapitre ».

« Massilia a toujours prôné, haut et loin, des valeurs de fraternité qui permettent le rassemblement, le lien social. Je me reconnais dans ce groupe », souligne Christian Philibert qui avait 20 ans quand le groupe s’est formé. C’était en 1984, un an après la marche des Beurs, et le groupe, créé par François Ridel (alias Moussu T) et René Mazzarino (Papet J), chantait déjà le vivre-ensemble, le refus du racisme et du Front national. « Depuis 30 ans, Massilia nous dit de ne pas s’enfermer dans notre coin, de ne pas céder à la peur », ajoute le réalisateur.

Tournage à la Fiesta des Sud
Tournage à la Fiesta des Sud - Jérôme Quadri

Contre le centralisme parisien

Depuis ses débuts, Massilia Sound System défend aussi la langue occitane et se bat contre le centralisme parisien. « On est Marseillais quand on décide de vivre ici et de construire quelque chose ici », plaide ainsi Laurent Garibaldi (Gari Grèu). « Quand j’ai décidé de rester ici et de travailler ici, les films de (Robert) Guédiguian et les premiers albums de Massilia m’ont beaucoup aidé, reprend Christian Philibert. Ils démontraient à l’époque qu’il existe une expression du sud ou provençale. En tout cas, un point de vue différent de celui de Paris. »

Le film a été financé en partie par les fans du groupe regroupés au sein des Chourmo (bandes), via une campagne de financement participatif, mais aussi – et c’est plus singulier - par le comité d’entreprise Cheminots PACA. « Les textes de Massilia montrent que la convergence des luttes est possible et que la culture peut faire bouger les lignes », a déclaré mardi un syndicaliste évoquant également un « acte militant » et un « film au service de notre revendication ». Avant de retourner à son piquet de grève, il a remis à Christian Philibert un chèque - dont on ne connaît pas le montant.