Morgan Bourc'his: «A Marseille, les plongées en apnée se méritent un petit peu»

NATATION Le champion d'apnée à poids constant dispute la Coupe du Monde à partir du 7 juin en Grèce...

Propos recueillis par Christine Laemmel

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Morgan Bourc'his, apnéiste marseillais, à Kalamata en Grèce en 2015.
Morgan Bourc'his, apnéiste marseillais, à Kalamata en Grèce en 2015. — Bourc'his

Cette fois, Morgan Bourc’his chaussera ses palmes avant de descendre sous l’eau. L’apnéiste marseillais, troisième meilleur mondial de sa discipline, en poids constant, sans palmes d’habitude, dispute en ce moment la Coupe du Monde en Grèce. Depuis Kalamata, il nous explique pourquoi il a choisi de privilégier sa deuxième spécialité et revient sur son entraînement dans l’eau froide des calanques.

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Comment se déroule la Freediving Mediterranean World Cup ?
Elle s’étale sur trois semaines, les plongeurs peuvent venir quand ils le veulent pour participer dans les trois disciplines de l’apnée en profondeur : poids constant, poids constant sans palme et immersion libre. Trois jours de compétition sont ouverts par semaine. Ça fait 15 jours que je suis là, je me prépare depuis le 23 mai. Mes trois premiers jours de tentatives seront le mardi, jeudi et samedi prochain.

Votre objectif, c’est toujours de passer la barre des 90 mètres, sans palmes ?
Quand je suis arrivé ici le 23 mai, l’eau était plus froide que prévue, à 17°C, c’est-à-dire pas beaucoup plus qu’à Marseille en ce moment. J’ai été obligé de mettre des combinaisons un peu plus épaisses que prévu. Donc je me suis plus focalisé sur le poids constant avec palmes, qui est moins ma discipline mais plus facile quand on est moins à l’aise dans ses mouvements.

Que visez-vous désormais ?
Mon but sera de dépasser ma marque la plus importante, 105 mètres. Le record mondial est à 128 mètres. Je suis le deuxième français derrière Guillaume Néry. Je suis dans les 15 meilleurs mondiaux. Sur le sans palmes, je suis le troisième performeur mondial. Ce changement me permet d’aller vers des profondeurs plus importantes et de travailler la compensation. Disons que mes objectifs ont un peu varié à cause des conditions environnementales.

En parlant de conditions environnementales, vous vous entraînez à Marseille, dans une eau assez agitée et froide…
A Marseille, les plongées se méritent un petit peu. J’ai eu la chance d’aller en Egypte en avril pour commencer l’acclimatation, l’eau était à 24°C. En revenant j’ai trouvé de l’eau à 14°C. C’est plus difficile de s’entraîner dans les eaux froides, surtout sans palmes. C’est plutôt une discipline d’eau tropicale.

Pourquoi préférez-vous le poids constant sans palmes ?
J’ai peut-être des prédispositions. Je suis ancien nageur et spécialiste de la brasse. Naturellement je me suis orienté vers une discipline pour laquelle j’avais des facilités. Ma technique de nage me permet d’être beaucoup plus économe que la majorité des autres apnéistes.

Vous êtes cobaye sur le caisson hyperbare de la Clinique Ste Marguerite à Marseille, qu’est-ce que vous y faites ?
J’ai étudié la plongée en apnée à la fac de sport et travaillé sur la physiologie cardio-vasculaire. Le côté scientifique m’a toujours accompagné dans ma pratique sportive. Ces connaissances m’ont permis d’être autodidacte. J’aurais aimé faire une thèse mais je me suis arrêté. Ce petit regret m’a poussé à rester proche du milieu scientifique marseillais. Je collabore aussi à des expériences sur l’environnement hypoxique à très haute altitude. On s’aperçoit que le manque d’oxygène en très haute montagne provoque des adaptations de la physiologie que l’on peut retrouver en apnée. C’est comme si on reproduisait des entraînements sur l’Himalaya.

C’est pour ça qu’on vous surnomme « Mister Perfect », parce que vous êtes aussi un scientifique ?
C’est parce que je veux maîtriser mes apnées, ne jamais pousser au-delà de limites raisonnables tout en ayant un certain engagement. Ça vient aussi d’une rationalisation de mes entraînements liée à mes connaissances en physiologie. C’est enfin par rapport au rôle que je peux avoir en équipe de France en régulant certaines tensions. J’étais connu comme celui qui a le bon mot, qui est à l’écoute.