Vente de l'OM: Comment des trolls de compét' rendent fous les supporters

FOOTBALL Les fans frôlent la surchauffe sur les réseaux sociaux...

C.L.

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Margarita Louis-Dreyfus et Vincent Labrune en 2014
Margarita Louis-Dreyfus et Vincent Labrune en 2014 — N.Tucat

Il faut se plonger quotidiennement dans la fourmilière des supporters de l’OM pour comprendre. Le cerveau de certains est constamment irrigué des histoires qui entourent le club. 20 Minutes l’avait déjà constaté en période de mercato. Avec la vente qui plane depuis avril, la surchauffe est encore plus intense. Parce que le mois de souffrance est déjà dépassé. Et surtout parce qu’il est encore plus dur de formuler une quelconque hypothèse sur les tractations en cours. Du coup, les joueurs de pipeau et enquêteurs du dimanche prolifèrent.

Un journaliste hésite

Un jeune homme de 20 ans s’est prêté au jeu la semaine dernière. Intérimaire dans l’Est de la France, il a créé un compte Twitter modestement appelé @omvente, sous le nom « NOUS Y SOMMES ». En 15 jours, il a rendu dingue des centaines de fans sur le réseau social. Pourtant, il n’avait absolument aucune info, ce qu’il avouera dans une pirouette ultime, quelques heures avant de supprimer son compte. « Je voulais prouver qu’avec un peu d’imagination, on peut faire croire n’importe quoi », nous raconte l’imposteur.

Extrait du fil Twitter d'@omvente
Extrait du fil Twitter d'@omvente - Twitter

Son principal coup, annoncer la vente du club le 26 mai et promettre un communiqué pour le 29, à 18h précises. Le « twitto lambda » a fait monter la sauce pendant trois jours. Une bonne centaine d’internautes l’ont harcelé de questions en privé. Un journaliste de la presse régionale s’est même hasardé à lui demander, tout en plaidant l’humour, s’il devait repousser la publication de son article.

« Paraître crédible sans être dans l’excès »

D’autres trolls vont bien plus loin. « Luom » sévit depuis septembre 2015 sur les forums du Phocéen.fr. Dans un post intitulé « la solution dubaïote », il distille au compte-gouttes des noms de repreneurs potentiels. C’est ici que celui d’Al Maktoum, gouverneur de la ville des Emirats, a émergé, même si la rumeur flotte dans l’air depuis 2011. L’idée n’a d’ailleurs rien d’improbable, dans le fond. Plusieurs économistes nous expliquaient en octobre dernier, qu’un concurrent du Qatar aurait tout intérêt à investir à Marseille. Mais rien ne prouve pour autant, sa véracité. Et c’est bien sur cette ambiguïté que jouent les internautes en manque de reconnaissance.

« Vous reprenez des infos sorties dans la presse, par exemple les Emirats, illustre le créateur d’@omvente, et vous ajoutez quelques chiffres pour paraître crédible sans être dans l’excès. »

Pendant ce temps, d’autres partent de bonne foi à la pêche, « usante », aux infos. « J’ai la chance d’être en "contact" avec des journalistes, nous dit l’un d’entre eux, quand j’ai un doute sur quelqu’un, je leur en parle et ils me donnent leur avis comme ça je cherche ailleurs. » A force d’errance sur le net, certains parviennent à entrer en contact avec des intermédiaires, réels ou supposés. Quitte à se prendre un peu les pieds dans le tapis.

Pablo Dana, mystérieux banquier qui alimente bien volontiers les élucubrations, a même contacté RMC pour démentir l’idée d’un rachat par Al Maktoum. « Bien que notre société soit basée à Dubaï, nous ne représentons ni son altesse, ni qui que ce soit lié au gouvernement de Dubaï », a écarté l’homme d’affaires italien, mettant en lumière la confusion des genres opérée par les internautes.

« Certains disaient qu’ils allaient me casser la tête »

Lorsqu'@omvente a confessé la supercherie, des menaces ont commencé à tomber par messages privés. « Rien de bien grave, rassure-t-il, mais on m’a conseillé d’investir dans un bon antivirus ». Stéphane Riss a essuyé bien pire. Le consultant en communication n’a rien à voir avec le monde du football. Son domaine à lui, c’est la restauration. C’est lors d’un déplacement à Marseille fin avril, qu’il dit avoir surpris une conversation officialisant la nomination de Xavier Giocanti, industriel marseillais, comme président de l’Olympique de Marseille. « J’ai assisté indirectement à la confirmation qu’il arrivait, assure encore le créateur de @cuisinerenligne, ils ont même fêté ça en petit comité. »

Content de son scoop, le badaud l’annonce sur Twitter. Et se prend une flopée d’insultes en retour. « Ça m’a fait marrer de poster ça, mais je ne m’attendais pas à déclencher un pseudo buzz. Certains me disaient qu’ils allaient me casser la tête, ils lâchaient des insultes en mauvais français niveau CM2. »

Un mois plus tard, la vague est retombée. Stéphane maintient mordicus son exclu mais n’a gagné qu’une centaine de followers, la plupart repartant, « en voyant que mon fil est orienté gastronomie ». Et aux dernières nouvelles, ni Xavier Giocanti, ni un riche prince du Golfe, n’ont encore posé leurs valises à la Commanderie.