Marseille va accueillir Manifesta, la biennale européenne de l'art contemporain

CULTURE L'événement interviendra en 2020, sept ans après l'année Capitale européenne de la culture...

Mickael Penverne

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Printemps de l’Art Contemporain 2016
Printemps de l’Art Contemporain 2016 — ©IF/AnneeFranceCorée/T.Chapotot

Les « points rouges sur une toile » tant décriés par Marion Maréchal-Le Pen sont bientôt de retour. Après Marseille-Provence 2013, la ville accueillira en 2020 une nouvelle manifestation culturelle à dimension européenne, Manifesta. Cette biennale d’art contemporain a été créée au début des années 90 à l’initiative d’une fondation néerlandaise, la Fondation Manifesta, « en réponse aux changements politiques, économiques et sociaux provoqués par la fin de la guerre froide ». Le but étant de proposer une « plateforme dynamique pour des échanges culturels » en Europe.

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L’événement se déroule tous les deux ans dans une ville différente en Europe. La première édition s’est déroulée en 1996 à Rotterdam. Elle est passée ensuite par Luxembourg, Ljubljana, Frankfort… La 11e édition se déroule à Zurich du 11 juin au 18 septembre. Elle accueillera notamment Michel Houellebecq qui s’interrogera sur le coût de la santé. C’est une des particularités de Manifesta : elle aborde à chaque fois, à travers le travail des artistes, un thème de réflexion global. Cette année, la question est : « Ce que font les gens pour l’argent » - et ce n’est sans doute pas sans rapport avec le pays hôte, la Suisse.

Printemps de l’Art Contemporain 2016
Printemps de l’Art Contemporain 2016 - ©IF/AnneeFranceCorée/T.Chapotot

La transmission

Cette manifestation n’a jamais été organisée en France. C’est donc une première inaugurée par Marseille qui s’était portée candidate en 2015. Le conseil municipal a déjà adopté le 1er avril une subvention de 627.000 euros. Au total, la ville dépensera 2,4 millions d’euros pour organiser l'événement qui mettra des mois avant de prendre forme. La mairie va d'abord créer, dans les semaines qui viennent, une association loi 1901 pour travailler à ce projet avec la Fondation. Un commissaire d’exposition (ou une équipe) sera ensuite nommé pour concevoir « Manifesta 13 » sur une thématique qui reste à définir.

Sept ans après l’année Capitale européenne de la culture, la ville va donc renouer avec un événement culturel majeur en Europe. « Manifesta est devenu un temps fort de l’art contemporain en Europe, que l’on pourrait situer entre la biennale de Venise et Documenta (à Kassel) », confirme Thierry Ollat du [MAC]. Ayant assisté aux cinq premières éditions, le directeur du musée  d’art contemporain de Marseille salue un « projet très intéressant qui permettra de faire de belles découvertes (…) dans une dynamique de prospection » et accessibles à tous. Car « la vocation de Manifesta est de transmettre », insiste-t-il.

« C’est une vraie reconnaissance de l’attractivité culturelle de la ville », poursuit Pascal Neveux, directeur du Fonds régional d’art contemporain (FRAC), qui a accueilli à deux reprises les responsables de la Fondation Manifesta. Ils ont choisi la ville pour organiser la 13e édition « parce qu’ils ont senti sa singularité artistique et son potentiel culturel, explique-t-il. Ils ont été aussi très étonnés de la diversité des structures qui accueillent les artistes, que ce soient les musées, les galeries ou les résidences. Et puis, ils se sont souvenus de l’engagement très fort des acteurs économiques » pour l'année Capitale européenne de la culture.

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Notoriété artistique

Comme en 2013, l'intérêt pour Marseille se joue notamment en termes d'image et de notoriété - et donc in fine d'attractivité économique. « Nous sommes en effet dans cette dynamique, confirme Marie-Hélène Feraud-Gregori, conseillère municipale déléguée à l’art contemporain. Aujourd’hui, toutes les métropoles se sont emparées de la culture pour dynamiser leur territoire ». La dernière Biennale, qui s'est déroulée à Saint-Pétersburg, a attiré près de 1,5 millions de personnes, malgré de nombreuses critiques en raison des lois homophobes prises par le régime de Vladimir Poutine.

Cet événement permettra à Marseille de gagner en visibilité sur la scène artistique et culturelle européenne. Mais il permettra aussi à l’art contemporain de gagner en visibilité auprès du public marseillais. Celui-ci répond d'ailleurs présent aux différentes expositions et aux manifestations qui sont présentés régulièrement comme le Printemps de l’art contemporain qui vient de lancer sa 8e édition ce week-end. Le festival, qui propose de découvrir les arts visuels à travers des « parcours de quartiers » dans une quarantaine de lieux (musées, galeries, ateliers…), semble avoir trouvé son public. L’organisation estime avoir accueilli, l’année dernière, entre 25.000 et 30.000 visiteurs.