Marseille: Gaston Defferre, des plages du Prado aux quartiers Nord

POLITIQUE L'ancien maire de Marseille est décédé il y a trente ans... (1/2)

Mickael Penverne

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Edmonde Charles-Roux et Gaston Defferre le 8 novembre 1984 à Paris
Edmonde Charles-Roux et Gaston Defferre le 8 novembre 1984 à Paris — JOEL ROBINE AFP

Son épouse, Edmonde Charles-Roux lui avait trouvé un surnom, en toute modestie : « l’homme de Marseille ». Maire de 1953 à 1986, Gaston Defferre a incarné la ville et ses habitants. Pendant trois décennies, il a construit, transformé, imprimé sa marque sur un espace et des hommes. Mais trente ans après sa mort, que reste-t-il de lui ? Quel est son héritage?

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Comme beaucoup de ses confrères, Gaston Defferre fut un maire bâtisseur. C'était la grande époque du constructivisme. Sous son « règne » a été bâti, par exemple, le métro. « C’était une révolution à l’époque », se souvient aujourd’hui le sénateur-maire (LR) Bruno Gilles. Dans la foulée sont créées les plages du Prado grâce aux remblais. Avec la corniche et son « plus long banc du monde », c’est un front de mer qui s’est ouvert pour la première fois à tous les Marseillais.

La plage du Prado. 
La plage du Prado.  - PATRICE MAGNIEN / 20 MINUTES

Le roi de la voiture

Sous Gaston Defferre, la ville a développé également son infrastructure routière, avec notamment la rocade du Jarret et le tunnel du Vieux-Port. Certains lui reprochent aujourd’hui d’avoir privilégié le « tout-voiture » et d’avoir fait de la ville une des plus polluées de France. « Mais à l’époque, tout le monde faisait la même chose, temporise l’anthropologue Michel Peraldi, auteur de  Sociologie de Marseille. Prenez les berges de la Seine à Paris, par exemple. Ou encore le tunnel de Fourvière à Lyon ».

Gaston Defferre a aussi accompagné le déménagement des étudiants hors du centre-ville, vers les campus « à l’américaine » de Luminy et de Saint-Jérôme. « Il faisait partie de cette génération qui avait très peur de la jeunesse, explique le sociologue Jean Viard. Il faut dire que celle-ci, à l’époque, n’était pas du tout favorable à la SFIO. Et puis, les étudiants, surtout après mai 1968, étaient perçus comme des gens dangereux. Du coup, on les a mis à dache »…

Vidé de ses étudiants et bourré de voitures, le centre-ville s'est transformé et s'est modernisé, pour le meilleur… Ou pas. Sur un terrain vague situé derrière la Chambre de commerce, la mairie a fait construire, à la place du parking géant et des quelques terrains de pétanque, le Centre Bourse qu’il accompagne de trois tours, dessinées par l’architecte Jacques-Henri Labourdette. Accusées de dénaturer le paysage, elles ont pourtant reçu le label Patrimoine du 20e siècle.

Les quartiers nord de Marseille.
Les quartiers nord de Marseille. - Gerard Julien AFP

Des quartiers sans école, ni transport

Mais l’empreinte la plus forte de Gaston Defferre sur la ville restera sans doute les quartiers Nord. Après 1962, et la signature des accords d’Evian qui mettent fin à la guerre d’Algérie, les pieds noirs arrivent massivement en France. Il faut les accueillir, les loger. Or, selon Jean Viard, l’ancien ministre de la France d’Outre-mer entre 1956 et 1958 « n’a pas tendu la main aux pieds noirs (...). En fait, il ne les aimait pas beaucoup ». Alors, il fera pour eux le minimum.

Les trois-quarts des logements sociaux de Marseille seront construits entre 1962 et 1975. En quelques années, les tours et les quartiers se multiplient là où le foncier le permet, c’est-à-dire en périphérie, « à dache » là aussi. Le problème, selon Jean Viard, c’est que Gaston Defferre et son équipe n’ont « pas pensé globalement ces quartiers » : « Il a construit des grands ensembles mais sans école, ni transport – et il n’y en a toujours pas d’ailleurs. En gros, il a fait du logement mais il n’a pas construit de ville ».