Parti de Marseille, le bateau de SOS Méditerranée a déjà secouru 917 migrants

SECOURS L’association repart pour une seconde campagne en mer, et lance un appel aux dons pour poursuivre ses opérations de sauvetage jusqu’à la fin de l’année…

Caroline Delabroy
— 
Sauvetage à bord de l'Aquarius, navire affrété par l'association SOS Méditerranée.
Sauvetage à bord de l'Aquarius, navire affrété par l'association SOS Méditerranée. — Patrick Bar / SOS MEDITERRANEE.

A ceux qui douteraient encore de sa capacité à mobiliser et à sauver des vies, la jeune association SOS Méditerranée répond par des chiffres : en deux mois de campagne en mer, son bateau l’Aquarius, parti le 20 février de Marseille, a permis de secourir 917 personnes.

Toutes fuyaient la Libye à bord d’embarcations de fortune, pour rejoindre les côtes italiennes. « Avec 3 % de taux de mortalité, c’est l’axe migratoire le plus dangereux au monde », rappelle Sophie Beau, directrice générale de l’ONG, qui s’inquiète d’un report des traversées sur cette route maritime, avec la fermeture du passage par la mer Egée entre la Turquie et la Grèce.

>> A lire aussi : Un appel au don pour acquérir un bateau et sauver des migrants

11.000 euros par jour

« Devant cette urgence en mer, nous avons décidé de poursuivre nos opérations jusqu’à la fin de l’année », déclare Sophie Beau. L’Aquarius est ainsi reparti de Lampedusa pour une seconde campagne, avec 27 personnes à son bord, dont une équipe de Médecins Sans Frontières qui prend le relais de Médecins du Monde.

Pour boucler le budget de l’année, il manque pourtant à l’association encoe 1,2 million d’euros. « C’est une opération qui coûte chaque jour 11 000 euros », indique la directrice générale de l’association, qui ne cache pas sa difficulté à mobiliser de grands mécènes mais fait le pari de « notre capacité collective à financer le projet ».

>> A lire aussi : L'Aquarius embarque Médecins du Monde pour une mission d'aide aux migrants

« Le fuel qui nourrit l’Aquarius, ce sont vraiment les dons du grand public », poursuit-elle. Les 2 % de subventions proviennent pour le moment de la ville de Paris et de la réserve parlementaire de deux députés souhaitant rester anonyme.

A écouter le récit des premiers sauvetages menés par l’association, l’état des bateaux ne laisse pas beaucoup de doutes sur l’issue de leurs odyssées. Mesurant de 8 à 10 mètres, surchargés et de mauvaise qualité, ces pneumatiques ne sont pas conçus pour la haute mer. Ils ont souvent navigué 6 à 7 heures avant de pouvoir être secouru dans les eaux internationales.

Les premiers bébés

« Nous travaillons en coordination totale avec les autorités italiennes, qui nous transmettent les alertes et nous donnent les instructions pour savoir où débarquer les rescapés », témoigne Jean Passot, l’un des marins marseillais embarqués dans l’équipe de sauvetage. Une fois l’embarcation localisée, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas, les opérations se déroulent en plusieurs temps : « Nous lançons nos deux embarcations de sauvetage, chargées d’une centaine de gilets. Nous allégeons le bateau au maximum, en prenant en charge en priorité les femmes et les enfants, puis nous le remorquons le long de l’Aquarius pour terminer de débarquer les personnes ».

Lors du deuxième sauvetage, le 15 mars 2016, l’Aquarius a vu arriver ses premiers à bébés à bord : ce jour-là, 119 personnes ont pu être transférées d’un pneumatique en très mauvais état, puis emmenées à Lampedusa.

Des blessés par balles

Le 17 avril dernier, 108 personnes ont été sauvées in extremis d’un bateau en panne, à moitié dégonflé et sur le point de faire naufrage. L’association a dû constater le décès de 8 personnes, 6 corps au fond du bateau et 2 personnes emportées par les courants après s’être jetées à l’eau.

« Sur les derniers sauvetages, nous avions de plus en plus de blessés par balles, relate aussi Jean Passot. Au moment de l’embarcation, des passeurs se font concurrence et essaient de remettre la main sur des migrants en train de partir. » « Ce n’est qu’après le sauvetage que l’on a l’occasion de discuter avec les rescapés, et l’on comprend qu’ils quittent la Libye par tous les moyens », poursuit-il.

« Ils fuient la Libye car c’est devenu un enfer, dénonce également Sophie Beau. Tout le monde essaie de capter ce butin humain et de le faire fructifier. » Parmi les 917 rescapés de cette première campagne, la majorité est originaire du Nigeria et de Gambie, 14 % sont des femmes et 22 % des mineurs. D’émouvantes photos témoignent aussi du voyage de 8 jeunes enfants, et même de nourrissons. A bord de l’Aquarius, ils ont pu trouver une grande salle abritée et un peu de repos, avant de poursuivre leur long chemin.