Running: Les bénévoles, dindons de la farce juteuse des courses à thèmes?

INSOLITE Deux cent personnes ont travaillé gratuitement sur la Color Run marseillaise...

C.L.

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Un coureur du Mud Day au ravitaillement en 2014, près de Paris.
Un coureur du Mud Day au ravitaillement en 2014, près de Paris. — MARTIN BUREAU / AFP

Qu’elles se pratiquent dans la boue, sous une poudre multicolore ou sur fond de musique techno, les courses « fun », ont toutes un point commun : les bénévoles. Lors du Run & Mix organisé ce vendredi 29 avril à Marseille, ils seront par exemple 65. Trois fois plus nombreux pour la Color Run.

Comme lors d’une course de village organisée par l’asso locale d’athlétisme, des personnes distribueront donc gratuitement des bouteilles d’eau ou serviront de signaleurs de parcours.

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Sauf qu’à la différence des compétitions chapeautées par la Fédération Française d’Athlétisme et le plus souvent organisées par des associations à but non lucratif, ces événements sont imaginés par des sociétés commerciales. Dont le but est de générer du profit. Sur le dos des bénévoles ?

Un flou juridique

« Rien n’interdit légalement le bénévolat lorsqu’on est dans un domaine lucratif », explique un avocat en droit social, spécialiste de la question, qui préfère garder l’anonymat. Et « historiquement, confirme Dimitri Caron, directeur de la Color Run en France chez IMG, toutes les courses sont gérées par des bénévoles ». Les entreprises organisatrices surfent donc sur les habitudes.

Sur le plan éthique, c’est une autre histoire, surtout vu les prix d’inscriptions des courses à thème. A Marseille, en 2015, il fallait compter 35 euros pour s’arroser de poudre de couleur à la Color Run. Entre 20 et 35 pour courir 5 km en pleine nuit pendant la Run & Mix. Pour se rouler dans la boue au Mud Day du Pays d’Aix, l’addition peut grimper jusqu’à 78 euros. Et elle peut atteindre 119 euros pour son équivalent du Castellet (Var), la Spartan Race.

L’argument de la solidarité

Derrière ces événements, se cachent des entreprises aux reins économiques parfois très solides et des business très juteux. Les plus célèbres, le Mud Day et la Color Run, sont respectivement gérées par Amaury Sport Organisation et IMG. Le premier, organisateur du Tour de France, du Paris-Dakar ou du Marathon de Paris, génère un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros annuels. Et ce n’est pas au hasard qu’il s’est engouffré dans la brèche des courses à thèmes en 2013. « C’est plus rentable qu’un marathon et avec moins d’emmerdes », remarquait un proche d’ASO pour Challenges. Le chiffre d’affaires du second, IMG (Semi de Londres, Marathon de Melbourne), s’élève à 31 millions d’euros par an.

On est loin de l’asso de quartier. Mais les courses à thème ont un argument imparable : la solidarité. « On travaille avec des associations, se défend par exemple Dimitri Caron, pour la Color Run. C’est une expérience pour eux. » L’ASPTT Marseille, a ainsi fourni une trentaine de volontaires, sans « intérêt autre que d’entretenir le relationnel avec une structure que l’on connaît bien », balance un responsable. Cette entité, c’est Id2mark, une boîte locale d’événementiel, payée par IMG. Fair-play, l’ASPTT a distribué des dossards et peaufiné la préparation du site. Mais attend encore les retombées. « Niveau image, on était transparent », avoue l’association, sans regretter son implication.

Comme pour la téléréalité

La plupart des organisateurs (mais pas le Mud Day) reverse également une partie de leurs bénéfices à une organisation caritative. Lors de l’édition parisienne de la Color Run, IMG a octroyé 10.000 euros aux Petits Princes, association qui réalise des rêves d’enfants malades. Une jolie somme, à relativiser quand on sait qu’elle ne représente qu’1,42 % des 700.000 euros générés uniquement par les inscriptions. Run & Mix reverse elle un euro par participant à l’association Sport dans la ville.

« En mettant en avant la solidarité, ils jouent sur la doctrine de droit social, explique le juriste, qui dit en majorité que le bénévolat doit avoir un but caritatif ». Une forme de protection, dans un cadre juridique flou. Que l’avocat lui-même trace du bout des lèvres. « C’est comme en 2009, quand un candidat de la téléralité a réussi à faire requalifier sa participation en contrat de travail », résume le spécialiste. Sauf que personne ne s’est encore posé la question pour les courses à thèmes.