Comment courir est passé de chiant à cool: On a remonté la piste

ATHLETISME La faute aux courses à thèmes et à Top Chef...

C.L.

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La Color Run de Paris le 17 avril 2016
La Color Run de Paris le 17 avril 2016 — PATRICK KOVARIK

Vendredi 29 avril, c’est course à pied à Marseille. Enfin, footing et boîte de nuit. C’est le concept développé par Run & Mix. Et la course n’est pas la seule à bouleverser les codes du running.

Rien qu’à Marseille, depuis janvier 2016, on compte au moins une course « fun » planifiée par mois. La course touristique, la course colorée, la course dans les bulles, les courses dans la boue et donc la course boîte de nuit. Oui, maintenant, courir, c’est coolos. Mais ça n’a pas toujours été le cas.

Le cross des mineurs du Nord

Aux origines, la course à pied, en France, c’est un truc de prolo lillois. « Dans les années 50, il y avait surtout des cross country courus par des ouvriers des mines du Nord et organisés par la FSGT. », resitue Mathieu Le Maux, auteur du Dico du running.

En plus d’être « un sport de papa », « un sport chiant », le running était aussi une activité de contestataire. « On nous prenait pour des zinzins », s’étonne encore souvent Michel Bernard, ancien spécialiste du demi-fond. Comme le montre Pierre Morath dans son film Free To Run, en 1967, il était même interdit à une femme de courir un marathon.

En gros, avant, courir, c’était ça :

Kathrine Switzer est la première femme à avoir couru un marathon avec un dossard.
Kathrine Switzer est la première femme à avoir couru un marathon avec un dossard. - Gaumont

Et maintenant :

La Coror Run de Paris le 17 avril 2016
La Coror Run de Paris le 17 avril 2016 - PATRICK KOVARIK

Que s’est-il passé entre temps ?

Top Chef « nous met le nez dans la bouffe »

Entre-temps, Frank Shorter a rendu la course gracieuse. Champion olympique du marathon en 1972, Shorter est le premier à courir d’un pas fluide, le visage décontracté. « Avant lui, courir 42 km, c’était comme faire un tour du monde à la voile ». Le Nord Américain écarte la notion de souffrance, voire de dangerosité associée à la course à cette époque. Dans la foulée, en 1976, le marathon de New York quitte Central Park pour traverser les cinq quartiers de la ville. Et les gourous du fitness des années 80 reprennent le créneau.

En France, c’est en 2010 que le running a vraiment conquis les masses. « On passe de 9 à 12 millions de personnes en un an, chiffre l’auteur, et le marché de l’équipement fait un bon de 5 % ». Pourquoi ? Une combinaison de facteurs, mais surtout, la mode du manger-bouger. Du nom de cette campagne créée en 2004 mais popularisée en 2012, qui nous incitait à associer une alimentation saine et de l’exercice physique.

« C’est le moment où nous met le nez dans la bouffe avec toutes les émissions culinaires », se souvient-il. Cette année-là, Un dîner presque parfait tourne à plein régime sur M6 et Top chef débarque sur la même chaîne.

Affiche de la campagne manger-bouger
Affiche de la campagne manger-bouger - INPES

Les courses à thèmes inventent le running « collectif »

Dans le même temps, les marques nous forment au culte de la performance et les blogueurs « healthy » relayent leurs mantras. Nike en tête, elles réinventent la tenue de running, à grands renforts de couleurs fluos et d’accessoires connectés. Au salon de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, qui est loin d’être une course d’amateurs, « le panier moyen grimpe à 350 euros par tête », explique Mathieu Le Maux.

« Le running est devenu un sport de personnes aisées, ajoute le spécialiste. Il faut acheter une montre GPS, payer l’ostéopathe et acheter une boisson isotonique. C’est très capitaliste ». Et très branché.

Pub Nike Running (application d'entraînement personnalisé) 2010.
Pub Nike Running (application d'entraînement personnalisé) 2010. - Nike

Logique si depuis 2012, les courses dites « fun », type Color Run ou Mud Day, passionnent les sportifs du dimanche. A 35 euros minimum pour 5 km, ces événements ont achevé de mélanger effort et fête. « Courir est devenu un sport collectif », tout à la fois basé sur le partage et l’égotrip. Et qu’importe si « les puristes regardent ça d’un œil étrange ».