Marseille: Bienvenue au festival de la bière au blé noir, à la châtaigne, à la myrtille, à la violette...

ECONOMIE Le festival Provence Bière Connexion se déroule jusqu'à samedi...

Mickael Penverne

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Max Brunet de la brasserie La Minotte
Max Brunet de la brasserie La Minotte — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Le premier festival de la bière artisanale en Provence a ouvert ses portes lundi à Marseille. Jusqu’à samedi, une trentaine de brasseurs de la région se mobilisent pour faire connaître leurs produits aux cavistes, patrons de bar, restaurateurs et au grand public. Si le phénomène de la microbrasserie est largement répandu dans d’autres régions comme Rhône-Alpes (une centaine de brasseries) et la Bretagne (environ 80 unités), il est encore relativement récent - et modeste - en Provence (une dizaine dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône).

Marseille, par exemple, ne compte que trois microbrasseries : la Bière de la Plaine, la Minotte et la Part Faite. La première a été créée en 2013 par un ancien de la marine marchande, Salem Haji, et un ex-pharmacien, Sylvain Perrot. Trois ans après son lancement, l’entreprise est en pleine croissance puisque sa production devrait passer de 600 hectolitres en 2015 à 800 hectolitres à la fin de l’année. A l’étroit dans son atelier rue Saint-Pierre (6e), elle a même ouvert un bistrot à côté qui sert de pointe de vente, et emploie désormais quatre salariés.

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L’ancrage local et le marketing

« Quand on fait de la bonne bière, les gens adhèrent, tout simplement », sourit Salem Haji. C’est lui, et « les gars » de la brasserie Sulauze à Miramas, qui ont eu l’idée de ce festival, baptisé Provence Bière Connexion. « Les gens en ont un peu marre de l’uniformisation des produits, précise-t-il. Ils veulent des choses moins formatées ». Les bières artisanales répondent aussi à l’intérêt croissance des restaurateurs « qui cherchent des accords entre la bière et certains plats. La bière s’accorde très bien avec le fromage, par exemple. Mieux qu’avec le vin même ».

Avec une consommation d’environ 20 millions d’hectolitres, soit une moyenne de 30 litres par an et par habitant, la France est le 26e pays consommateur de l’Europe. Si la bière artisanale ne représente que 3 % du marché global, elle est en progression depuis une ou deux décennies. Le pays compte ainsi 800 brasseries mais leur nombre a été multiplié par deux entre 2010 et 2015. La plupart de ces dernières arrivées sont des petites unités dont « la diffusion ne dépasse pas souvent le canton », explique Jacqueline Lariven, de l’association Brasseurs de France.

Inspirées des microbrasseries américaines ou canadiennes, « les premières petites brasseries en France datent des années 80 avec la Coreff à Morlaix, en Bretagne », indique-t-elle. Essaimant partout en France, les suivantes ne se sont pas contentées de brasser des blondes, des brunes et des ambrées. Pour se différencier les unes des autres et se forger une « identité », elles ont ajouté des ingrédients locaux : le blé noir en Bretagne, la châtaigne en Corse, la mirabelle en Lorraine ou la myrtille en Ardèche. La Bière de la Plaine propose, de son côté, une bière à la violette.

Abricot, cacao, caramel…

Max Brunet, producteur de la Minotte dans le 6e arrondissement de Marseille, a choisi de se démarquer en proposant des bières « plus féminines », avec moins d’amertume mais davantage d’arômes. « Avec la blonde, on est sur de l’abricot et du pamplemousse. La brune, sur du cacao, du café et des fruits rouges. Et enfin, l’ambrée, sur du caramel », énumère-t-il. Après une carrière dans la pub puis dans l’informatique, il s’est lancé dans la production de bière artisanale en feuilletant notamment la presse féminine : « Tous les mois ou presque, il y avait un article sur le sujet ».

Coincée sous la colline de Notre-Dame de la Garde, la brasserie de la rue Jules-Moulet produit 1.400 litres de bières par mois mais elle prévoit, grâce à de nouvelles cuves, d’en fournir deux fois plus dans les semaines qui viennent. Avec un chiffre d’affaires de 5.000 ou 6.000 euros, « on n’en vit pas pour l’instant (…) mais on pense pouvoir y parvenir d’ici quatre ou six mois, souligne Max Brunet. Même si ce n’est pas trop la culture dans le Sud, il est certain que c’est un marché en devenir ». Ouverte depuis seulement cinq mois, l’entreprise se trouve déjà en rupture de stock.