Béziers: Pourquoi un artiste assigne Robert Ménard en justice

SOCIETE Le procès a été renvoyé au mois de mai...

A.R.

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Robert Ménard, le maire de Béziers, le 9 décembre 2015 dans sa ville
Robert Ménard, le maire de Béziers, le 9 décembre 2015 dans sa ville — PGUYOT AFP

Il a travaillé dessus pendant plusieurs mois. Il a fait des repérages, des devis. Puis, il a tout couché sur papier. L’artiste Jean Pierson voulait donner vie à des murs nus de Béziers, en y peignant des fresques, parties intégrantes de parcours historiques.

Aujourd’hui, il estime que la ville lui a volé son projet. Des fresques habillent bien les murs de Béziers mais ce ne sont pas les siennes. Le maire de la ville, Robert Ménard, proche du Front national, a confié leurs réalisations à une société iséroise après un appel d’offres, reprenant selon Jean Pierson, les termes de son propre projet.

L’artiste, bien connu à Béziers où il vit depuis dix ans, a décidé de poursuivre la ville pour concurrence déloyale, contrefaçon et atteinte à la propriété intellectuelle, devant le tribunal de grande instance (TGI) de Marseille. Lundi, le TGI a renvoyé le procès au 30 mai à 14 heures.

« J’étais parfaitement en confiance »

Après plusieurs contacts avec la mairie et le maire lui-même, Jean Pierson, se lance début 2015, dans la préparation de son projet artistique. « J’ai repéré les façades aveugles de la ville, c’est-à-dire sans fenêtres, pour peindre les fresques, j’échangeais au fur et à mesure avec la municipalité, j’étais parfaitement en confiance », souligne le peintre.

En mai, Jean Pierson rencontre à nouveau le maire, avec, cette fois, un dossier abouti comprenant des devis, des projets de parcours picturaux, un recensement des murs pouvant accueillir ses dessins… A la fin du rendez-vous, rapporte Jean Pierson, Robert Ménard explique qu’il doit lancer un appel d’offres pour la réalisation de ce projet.

« Une œuvre de l’esprit protégée par des droits d’auteur »

« J’étais sidéré, et sous le coup de l’émotion, je lui ai laissé mon dossier, souligne le peintre. Il m’a dit qu’il comptait sur moi pour y répondre ». Finalement après avoir pris conseil auprès d’avocats, l’artiste répond à l’appel d’offres. « J’ai vu ensuite que c’était un copié-collé de mon projet », raconte-t-il. Puis, fin août, c’est « la stupéfaction ». La société A-Fresco remporte l’appel d’offres.

« Ce sont des bâches qui ont été posées en quelques jours sur mes parcours avec les personnages historiques de mon projet », déplore l’artiste.

« La rédaction de la scénographie devient une œuvre de l’esprit protégée par des droits d’auteur, explique Stanley Claisse, l’avocat de Jean Pierson. Son idée a été exploitée. Il y a également une souffrance morale car les Biterrois pensent que les fresques ont été réalisées par lui ». « Ça m’est très pénible, assure l’artiste. C’est dur, j’ai été évincé et dépossédé de mon travail ». Contactée, la ville de Béziers a renvoyé vers son avocate. Cette dernière n'a pas souhaité commenter l'affaire avant l'audience de fin mai.

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