OM: Et si les prud’hommes devaient juger les compos de Michel?

FOOTBALL Le club a très peu de chance d’avoir gain de cause en licenciant Michel pour faute grave…

C.L.

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L'entraîneur de l'OM, Michel, le 15 avril 2016, à Marseille.
L'entraîneur de l'OM, Michel, le 15 avril 2016, à Marseille. — BORIS HORVAT / AFP

Remplacé par Frank Passi, Michel a été remercié par l’OM mardi dernier. « Compte tenu du comportement de Michel, notamment durant ces 3 dernières semaines, explique le communiqué publié sur le site du club, la SASP Olympique de Marseille l’a suspendu avec effet immédiat et convoqué à un entretien préalable. » La formule ne laisse pas de doutes, pour Me Granturco, avocat en droit du sport, l’OM cherche à licencier l’entraîneur espagnol pour faute grave. Comme pour n’importe quel salarié, le conseil des prud’hommes de Marseille pourrait donc avoir à juger le cas de Michel dans les prochaines semaines. Comment cela pourrait-il se dérouler ?

Les objectifs sportifs, le pari risqué

La faute grave résulte d’un « irrespect des conditions du contrat de travail », explique l’avocat. La notion n’étant pas définie par le code du travail, c’est du côté de la jurisprudence qu’il faut regarder. Même si la formulation du communiqué étonne, « un licenciement sur deux d’entraîneur de football, échoue devant les prud’hommes », rappelle l’avocat. Et ce qui est le plus souvent plaidé, c’est le comportement, du manque de communication avec les dirigeants à l’absence de participation au recrutement, en passant par l’absentéisme. En 2013, la Cour d’appel de Colmar a retenu « les absences répétées de l’entraîneur à des réunions importantes pour la préparation des joueurs », comme un motif suffisant de licenciement.

L’OM pourra aussi choisir de coupler ce manquement à des objectifs sportifs non atteints, si ceux-ci étaient clairement mentionnés dans le contrat de travail de Michel. « Les clubs qui ont essayé ont eu énormément de mal », précise Me Granturco. Le manque de moyens, la faiblesse de l’effectif ou un autre élément de contexte pourrait facilement être apporté par le coach démis. D’autant plus que le budget est sans cesse évoqué par Vincent Labrune et la jeunesse de l’équipe souvent arguée par Michel. Depuis 2000, la cour de cassation a validé l’argument, dans la théorie. En pratique, les juridictions retiennent très peu l’argument. « Ça relève de l’aléa sportif », qualifie le spécialiste.

Les compos d’équipe, l’improbable tentative

C’est pourquoi on n’a très peu de chances de voir un conseiller prud’homal juger du sabordage volontaire de Michel via ses compositions d’équipes, comme le supposent certains médias. Certains allant jusqu’à évoquer la titularisation de Lucas Silva comme argument recevable. Cela relèverait d’une faute lourde, échelon au-dessus de la faute grave, car elle suppose une intention de nuire. « J’imagine mal un avocat se ridiculiser ainsi devant un juge », écarte sans détour Me Granturco. Si l’OM faisait tout de même ce choix, il prendrait le risque de devoir payer des dommages-intérêts encore plus élevés à Michel.

La meilleure chance de Vincent Labrune reste encore celle du comportement. « La mention du mot dans le communiqué confirme bien qu’ils avaient en vue, dès le début, un litige devant les prud’hommes pour licenciement pour faute grave ». Mais dans tous les cas, l’OM est bien mal embarqué. « Les entraîneurs gagnent souvent car les clubs agissent dans la précipitation », note le juriste. En ficelant mal un dossier, quitte à se dédire soi-même. Dix jours avant de le débarquer, Margarita Louis-Dreyfus reconnaissait le « professionnalisme » de Michel, dans un communiqué.