Marseille: Un scientifique marseillais met au point un spray contre les armes chimiques

SCIENCES A la suite des attentats du 13 novembre, un professeur marseillais a mis au point une solution contre les armes chimiques...

Mickael Penverne

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Le laboratoire du professeur Eric Charière
Le laboratoire du professeur Eric Charière — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Eric Chabrière, professeur de biologie physique à l’université Aix-Marseille, a mis au point le premier spray contre les armes chimiques. A la tête de sa start-up baptisée Gene & Green Tech, ce scientifique travaille depuis des années sur le pouvoir des enzymes. En 2015, il a développé des molécules capables d’annihiler les bactéries. Une invention qui attiré l’attention de l’armée française et de l’entreprise Urgo pour fabriquer des pansements antibactériens.

Ses recherches l’ont également mené sur les traces d’une enzyme que l’on retrouve uniquement dans les sources d’eaux chaudes du Vésuve, le volcan dominant Naples. En l’analysant, il a isolé une protéine extrêmement résistante, capable de « dégrader » des agents neurotoxiques, comme le gaz Vx ou le gaz sarin, utilisé dans le métro de Tokyo en 1995 par la secte Aum et qui a provoqué une douzaine de morts et plus de 5.000 blessés.

Le laboratoire du professeur Eric Charière
Le laboratoire du professeur Eric Charière - MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Les attentats ont tout changé

« Ce n’est pas facile d’élaborer ces armes chimiques mais ce n’est pas impossible non-plus, explique Eric Chabrière. Avec un bon ingénieur-chimiste, des moyens financiers conséquents et un Etat capable d’aider, comme la Syrie, on peut y arriver ». Et pas besoin d’en produire des quantités industrielles pour semer la mort puisqu’une microgoutte de gaz sarin peut tuer une personne, précise-t-il.

Il aurait pu travailler sur cette enzyme pendant des années pour tester et élaborer patiemment un antidote stable et efficace dans toutes les situations. Mais les attentats du 13 novembre, et la menace terroriste qui pèse actuellement sur la France, ont tout changé. « Je me suis dit qu’il fallait aller plus vite, qu’on ne pouvait pas attendre de fabriquer le produit parfait, explique-t-il. J’ai donc décidé de proposer rapidement quelque chose d’opérationnel ».

Avec son laboratoire, situé au sein de l’unité de recherche sur les maladies infectieuses, tropicales et émergentes de l’université, il a mis au point un produit simplifié : une poudre qui se mélange avec de l’eau. Le résultat est une solution que l’on diffuse par un simple spray et « qui n’est pas agressive pour la peau ou l’environnement », promet le chercheur. En cas de contact avec un « agent neurotoxique de guerre », les victimes peuvent être décontaminées en étant aspergées.

Message aux terroristes

« Elles sont lavées en quelque sort, mais elles ne sont pas guéries. Elles doivent ensuite être hospitalisées pour y recevoir des traitements adaptés ». Le spray, qui n’a pas encore de nom, n’a qu’un seul défaut : sa durée de conservation n’excède pas quelques mois. Pourtant, il intéresse l’armée française qui finance les recherches du scientifique marseillais. La direction générale de l’armement (DGA) a prévu de le tester en grandeur nature, sur du matériel et du tissu d’abord.

Il n’existe plus aucun verrou technique pour lancer une production industrielle, assure Eric Chabrière. S’il pourrait servir aux soldats sur des théâtres d’opérations, ce produit pourrait être aussi utile aux secouristes, aux pompiers ou aux médecins en France. Il pourrait même être diffusé auprès de la population en cas de menace très grave. « Le but est aussi de montrer aux terroristes que l’on a la réponse et que finalement, ce n’est même pas la peine d’essayer », conclut Eric Chabrière.