Transatlantique en paddle: «Si on me propose un chantier naval sérieux demain, je repars»

STAND UP PADDLE Rentré en France mardi, le navigateur martégal raconte son naufrage...

Propos recueillis par Christine Laemmel
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Nicolas Jarossay avant son départ pour sa transatlantique en paddle
Nicolas Jarossay avant son départ pour sa transatlantique en paddle — © Horue Movie

On l’a traité de fou, mais Nicolas ne perd pas son projet de vue. A peine rentré en France après son naufrage, quelques heures après son départ pour une transatlantique en paddle, Nicolas Jarossay a répondu à 20 Minutes. De nouvelles idées plein la tête.

Déjà, comment vas-tu ?
Physiquement, ça va, j’ai un peu des plaies et des contusions de partout, d’avoir lutté pendant un moment. La fatigue, ça commence à aller. Là, j’ai fait une nuit de 14h. Mentalement, c’est pas facile. Le fait de pas être allé au bout, d’avoir arrêté aussi vite et puis l’aspect sauvetage. J’ai vécu six heures de naufragé donc c’est pas anodin. Mais bon ça va aller.

Peux-tu nous raconter ce qu’il s’est passé ?
Ça faisait plusieurs heures que je naviguais. Tout se passait très bien, il y avait 25 nœuds et une houle d’1m, 1.50m, assez propre. J’avais mis un safran pour guider la planche, pour ne pas qu’elle parte dans tous les sens, quand je m’arrête de ramer. Je m’étais octroyé une pause après 4h de rame, j’étais en train de manger une orange. Et là, il y a un bout [corde] accroché au safran, qui a cassé. Le safran s’est retrouvé libre, la planche s’est mise en travers de suite. Et une déferlante plus grosse que les autres l’a prise sur le côté, j’ai chaviré. J’ai même pas eu le temps d’essayer de mettre l’autre safran. Ça a été immédiat.

Avec le poids, vu que c’était le départ, il n’y a pas eu de possibilité de remettre la planche à flot. Je peux te dire que j’ai lutté. Puis la nuit commençait à arriver et le froid. Je suis allé au bout de l’effort, je commençais à ne plus pouvoir remonter sur la planche. Donc j’ai déclenché la balise.

J’étais à une cinquantaine de kilomètres des côtes. Sauf qu’on est au Cap-Vert et qu’il n’y a pas de bateau là-bas, à part quelques barques de pêches qui vont dans les 300 mètres. Coup de chance, les gardes côtiers avaient un Zodiac sous la main. Ils ont essayé de venir et au moment où ils allaient abandonner les recherches parce qu’ils n’avaient plus d’essence, je les ai vu, j’ai réussi à me faire repérer. On est tombés en panne et on a fini dans une digue avec leur bateau. C’était vraiment limite limite. Après j’étais en état d’hypothermie j’ai fait un ou deux malaises dans leur bateau qui prenait l’eau. J’ai fini à l’hôpital.

A quoi pensais-tu pendant les cinq heures d’attente ?
Déjà, la planche est à l’envers, avec l’antifouling, ça glisse. Donc avec les déferlantes, t’essayes de t’accrocher. Après je regardais à 360° sans arrêt, pour voir s’il y avait une lumière, quelque chose qui s’approche. Regarder, écouter et continuer à réfléchir. Il faut être acteur de son naufrage. Je me suis fait une capsule de vie, j’avais tous mes feux à mains, ma bouteille d’eau, mes balises. Je suis allé découper avec mon couteau mon deuxième flasher, c’est tout bête mais ça m’a permis d’être repéré. Après forcément, t’as de la tristesse, des larmes qui viennent. En deux secondes t’as trois ans mis à l’envers. Tu te demandes combien de temps tu vas durer comme ça avant que ce soit la fin, qu’elle soit bonne ou pas. Mais j’y pensais pas plus que ça quand même.

Sais-tu pourquoi le bout du safran a cassé ?
Non. C’était livré d’origine. La prochaine fois, je mettrai un bout plus gros. C’est comme les lignes de vie tout autour de la planche. Moi j’avais pris du cordage d’escalade pour que ce soit plus solide. Le bout je me suis dit, tu fais confiance au matériel. Mais ça a lâché. Après je sais pas si c’était au niveau du nœud, si ça a frotté sur quelque chose, je sais pas et je saurai jamais puisque la planche est perdue.

Tu as été obligé de laisser ta planche sur place ?
Ils ont essayé de la remorquer sur la moitié de la distance. Après, vu qu’ils n’avaient pas d’essence et que la mer était vraiment mauvaise, ils ont flippé. Je crois que les sauveteurs ont eu plus peur que moi. Je suis allé les voir le lendemain, ils m’ont dit qu’ils ne sortent jamais en fait.

De quels systèmes disposais-tu pour remettre ta planche à flot ?
On n’a pas pu mettre en place tous les systèmes. Après voilà, c’était un prototype. Comme toujours dans ce genre d’aventure, on s’expose. Il y a des choses à faire évoluer et puis on était pris par le temps. Ou t’as les moyens financiers et t’es sûr, ou t’as des petits moyens et t’y vas à tâtonnements. Le premier qui a fait voler un avion, il a fait un mètre et puis il s’est planté.

Tu vas retenter la traversée ?
Déjà, ce sera pas sur cette planche. Aujourd’hui j’ai envie de dire, demain on me propose un chantier naval sérieux, je suis partant, oui. J’ai vécu un naufrage, je sais que j’ai pas paniqué. Le physique c’est bon, la tête je l’ai. J’aurais pu revenir traumatisé, je le suis pas. Je te cache pas que je pleure encore pas mal parce qu’il y a beaucoup de choses qui se mêlent. Tu te dis que c’est fini, qu’on va pas te retrouver. Puis pendant les trois ans de préparation, j’ai vraiment fait un deuxième travail, j’ai mis plein de choses de côté, que j’ai envie de reprendre. La vie avec la famille, les travaux à la maison, des trucs de tous les jours.

Tu avais fait construire ton embarcation par un shaper, tu voudrais la confier à une plus grosse structure la prochaine fois ?
J’aimerais partir avec un architecte naval. Avec les systèmes informatiques qu’ils ont, ils te calculent les volumes, le poids embarqué, la largeur exacte qu’il te faut au centimètre près. Derrière, avec un fabriquant lié, chacun donne son avis. Plus t’as d’interlocuteurs spécialisés, plus t’as de chances d’avoir un projet abouti.