Marseille: Les quartiers nord, «terrain de chasse» de l'armée

SOCIETE Depuis les attentats de Paris, les candidatures affluent au CIRFA de Marseille...

M.P.

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Une patrouille près du Mucem.
Une patrouille près du Mucem. — Anne-Christine Poujoulat

Ils sont une trentaine à attendre dans le hall de du Centre d’information et de recrutement de l’armée (CIRFA). Ils sont âgés d’une vingtaine d’années, viennent de toutes les villes du département, et ont choisi de devenir militaires. Dans quelques heures, après avoir signé leur contrat d’engagement, ils prendront le train pour rejoindre leur régiment. Dans quelques heures, une nouvelle vie va commencer pour eux, et le changement sera radical.

Maeva a 18 ans et habite la Penne-sur-Huveaune. Après son bac, elle s’est inscrite en première année de droit. Une impasse. Contre l’avis de ses parents, elle s’est alors tournée vers l’armée de terre. Parce que « toutes ses valeurs lui plaisent » : le respect et l’autorité en premier. Et aussi parce qu’elle a « envie de défendre (son) pays » : « J’y pensais déjà avant les attentats mais ça m’a donné encore plus l’envie », déclare-t-elle.

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Nouvelles notions

La jeune fille a signé un engagement pour cinq ans. Direction le régiment médical de la Valbonne, près de Lyon, pour devenir brancardier-secouriste. Une fois formée, elle sera « projetable » en opérations extérieures. A l’arrière certes mais pas très loin non plus des zones de conflit. « Mes parents ont un peu peur mais ils n’ont pas le choix, affirme-t-elle. Et de toute façon, je ne veux pas rester assise dans un bureau ».

Adrien a 19 ans et a raté son bac. Il en a conclu que l’école « n’est pas faite » pour lui et vient de signer pour le 1er régiment de chasseur parachutiste de Pamiers, près de Toulouse. L’idée a germé grâce à son père, qui a fait son service militaire dans les « commandos paras ». Mais pour lui aussi, le déclic s’est produit au moment des attentats de Paris : « Quand on se fait attaquer dans notre pays, forcément… On a envie de le défendre. Et puis, c’est beau de servir son pays, non ? »

L’altruisme plutôt que le patriotisme

Depuis au moins deux ans, l’armée de terre recrute à tour de bras : 10.000 soldats en 2014, 15.000 en 2015 et à nouveau 15.000 en 2016. « Mais je sais déjà que ce sera beaucoup plus : sans doute 16.500 », sourit Thierry Marchand, « patron » du recrutement en France. Les motivations des candidats sont souvent floues mais selon le général, « on voit désormais apparaître des notions comme le service à la collectivité, la citoyenneté et la défense ».

Avant les attentats, leurs motivations se limitaient souvent au besoin d’un emploi, d’un revenu ou d’une qualification. Aujourd’hui, « cette jeunesse a la volonté de trouver un sens », assure l’officier. Ce n’est pas forcément le patriotisme, valeur cardinale de l’armée, qui pousse ces jeunes à s’engager mais plutôt une nouvelle forme « d’altruisme », précise de son côté le lieutenant-colonel Slimane Kenani, chef du CIRFA de Marseille : « Ils veulent servir leur pays. Après les attentats, ils nous demandaient tous : qu’est-ce que je peux faire ? »

Le kaki plutôt que le bleu

Dans son bureau, il a vu défiler près de 600 candidats l’année dernière – pour 300 postes. Comme Maeva ou Adrien, ils viennent de tous les milieux et de toutes les villes du département. De tous les quartiers aussi. Sur les 164 engagés marseillais en 2015, environ 30 %, soit une cinquantaine de jeunes, étaient issus des 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements.

Les quartiers nord de la ville sont même devenus un « terrain de chasse » naturel pour Slimane Kenani qui va « chercher » ses candidats quasiment jusque chez eux. Et à l’écouter, l’accueil y est presque bienveillant : « Quand je me rends là-bas, ils (les guetteurs) me gardent la voiture (sourires). On n’a pas le côté répressif de la police ou de la gendarmerie. La tenue de camouflage est plutôt bien vue là-bas. Mieux que le bleu en tout cas ».