Règlement de comptes à Marseille: «Un Everest de folie meurtrière», estime le procureur

FAITS DIVERS Quatres hommes sont morts par balles en 48 heures à Marseille...

A.R.
— 
La police scientifique sur les lieux du meurtre d'un homme dans les quartiers nord de Marseille, le 4 avril 2016
La police scientifique sur les lieux du meurtre d'un homme dans les quartiers nord de Marseille, le 4 avril 2016 — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT AFP

En deux jours, quatre personnes ont été tuées par balles dans les quartiers nord de Marseille. Depuis le début de l’année, onze personnes sont ainsi mortes dans les Bouches du Rhône, dont dix à Marseille.


« 2016, sous de mauvais auspices »

En 2015, 19 personnes avaient été tuées dans des règlements de comptes dans les Bouches-du-Rhône, 18 en 2014 et 17 en 2013. « 2016 part sous de mauvais auspices, a estimé lundi Brice Robin, le procureur de la République de Marseille. On était arrivé à réduire les règlements de compte les trois dernières années. Mais malgré tout les efforts, nous avons une forte hausse du nombre de personnes tuées », a ajouté le procureur.

L’hypothèse d’une vengeance ?

Lundi matin, un homme de 48 ans est décédé à la cité de la Paternelle (14e), tué par balles par trois hommes cagoulés. Ce maçon, habitant de Martigues, se trouvait dans une Laguna avec son patron, également maçon, lorsqu’il a été pris pour cible. Son patron venait acheter de la drogue.

Selon le procureur, la victime a été condamnée en 2001 à 17 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises des Alpes maritimes pour assassinat. Elle a été incarcérée en 1998. « On peut peut-être retenir l’hypothèse d’une vengeance après sa condamnation pour assassinat à 17 ans », a estimé Brice Robin.

« C’est un règlement de comptes mais pas de même nature que celui de la cité Bassens », selon le procureur.

« On a passé un cran sur l’échelle de la violence »

Près de 48 heures auparavant,une fusillade à la cité Bassens (15e) a fait trois morts et trois blessés. Les victimes étaient en train de regarder un match de football dans une épicerie de nuit du quartier, avec une quinzaine d’autres personnes. Deux des personnes tuées avaient déjà été condamnées dans des affaires de trafics de stupéfiants.

La troisième, née en 1995, « n’était vraisemblablement pas visée, a indiqué le procureur. C’est une victime innocente qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment ».

Le procureur a déploré des « passages à l’acte de plus en plus violents ». « On a passé un cran sur l’échelle de la violence et ce type de passage à l’acte n’est pas rassurant ».

Quatre principaux clans se disputent le marché de la drogue

Interrogé sur le développement de cette violence, le procureur a estimé « ne pas pouvoir mettre un policier derrière chaque supérette ».

La police Marseillaise a par ailleurs déjoué une tentative d’assassinat fin mars. Trois hommes ont été mis en examen pour associations de malfaiteurs. « Ils ont été arrêtés le lundi de Pâques avant un passage à l’acte imminent, et après une course-poursuite dans Marseille », a précisé Eric Arella, le directeur interrégional de la police judiciaire de Marseille.

Selon lui, quatre principaux clans se disputent le marché de la drogue dans la ville. Le premier duel oppose la famille Remadnia et les familles Tir et Berrebouh. « Sur les 6 dernières années, nous leur imputons 22 faits de règlements de compte », a souligné Eric Arella. La seconde rivalité se joue entre la famille Ahamada, dit le clan des « blacks », et la famille les Bengler, les « gitans » et retient l’attention de la police. Ces deux équipes seraient à l’origine 18 faits ces dernières années.