« Sport pour tous » à Marseille: Comment la mairie s'intéresse (enfin) aux assos sportives LGBT

MULTISPORTS Le tournoi GaySportMed se déroule ce week-end...

C.L.

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L'affiche du tournoi GaySportMed de Marseille
L'affiche du tournoi GaySportMed de Marseille — GaySportMed

« Le vrai frein à notre développement, c’est le manque d’intérêt de la ville ». Il y a quelques mois à peine, le bilan de MUST, association « LGBT friendly » de Marseille, était sans appel. Depuis trois ans, toutes leurs tentatives de prises de contact avec la mairie sont restées sans réponse. Forçant l’équipe de foot féminine à s’entraîner sur les pelouses du Prado.

Tout a changé en 2016. Le slogan du « sport pour tous », distribué dans toutes les prises de paroles des élus marseillais, est passé par là. Et forcément, les 250 adhérents de MUST collent parfaitement au nouveau mantra de la ville.

Gymnase, stade et piscine gratuits

En février, Caroline, la présidente, a obtenu un rendez-vous avec Serge Taza, délégué aux sports du premier secteur et « tout s’est débloqué d’un coup ». A l’occasion du GaySportMed, organisé conjointement par MUST, FrontRunners et le Marseille Roller Derby, du 25 au 28 mars, la Ville a ouvert les portes, gratuitement, du Stade Tellene, du Gymnase du Roy d’Espagne, du boulodrome du Pharo et de la piscine Vallier. Si le tournoi, visant à lutter contre les discriminations, n’a pas obtenu de subventions, le tournant est majeur pour les sportifs gays et lesbiens marseillais.

L’élu « m’a garanti qu’on pourrait pratiquer dans de bonnes conditions l’an prochain, se félicite la jeune femme, étonnée. Il nous a même invités au tournoi des 30 ans de son club », au Vallon-des-Auffes. Et quand Caroline a croisé Richard Miron, le discours de l’Adjoint aux Sports était le même. « Dès que je lui ai dit qu’on voulait favoriser le sport pour tous, il a tout de suite dit que c’est ce qu’il voulait défendre ».

Marseille Capitale du Sport à l’horizon

C’est que la Ville a fort à faire pour coller à sa récompense de Marseille Capitale du Sport 2017. « Ce titre distingue l’engagement de la ville en faveur du sport comme vecteur d’intégration sociale, se vante la municipalité, son respect de l’éthique et du rôle du sport dans l’amélioration de la qualité de vie. »

Avec un enfant sur deux qui ne sait pas nager, des infrastructures sans cesse critiquées et un Stade Vélodrome qui coûte cher aux habitants, la municipalité se rabat sur le sport loisir. « Tous les petits clubs consomment, louent des gymnases, justifie Caroline, pas dupe, ça rapporte de l’argent à la ville. Et puis c’est une ville pauvre. Nous, on anime la cité, on permet aux gens de rester plutôt que d’aller profiter des installations voisines. »

« Avec les clubs hétéros, on est comme chiens et chats »

L’association Algernon, qui organise chaque année une Course de l’Intégration, est investie dans MP2017, depuis deux ans. « La ville nous a dit que si on ne s’engageait pas, Marseille aurait moins de chance de l’emporter », commente Serge Dahan, le président. Algernon a accepté, sans oublier de demander la garantie que le sport loisir serait aussi valorisé dans le projet. Et le président l’assure, depuis que Jean-Claude Gaudin a placé le « sport adapté » en tête de son discours de présentation du rendez-vous, « les coups de fils sont plus nombreux ».

Niveau homophobie, le combat ne fait que commencer, même si FrontRunners est installé depuis 15 ans à Marseille. « Avec les clubs hétéros, on est comme chiens et chats, résume Stéphane. Tant qu’on ne se connaît pas, il y a une distance. » Et quand il s’agit de constituer des équipes de foot pour le tournoi GaySportMed, qui se veut mixte, c’est très compliqué chez les garçons. « Le gros problème des hétéros, c’est qu’ils ont l’impression en jouant dans un tournoi organisé par des LGBT, qu’on va les prendre pour des PD. » Face aux réticences, Serge Taza est encore là. L’élu a assuré aux organisateurs de GaySportMed, de trouver une équipe de foot masculine, d’ici vendredi.