Paris-Nice: Le Mont Ventoux, la montagne qui rend fou

CYCLISME La course au soleil passe vendredi par le piégeux mont chauve…

Christine Laemmel
Le Mont Ventoux en 2013.
Le Mont Ventoux en 2013. — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Les coureurs du Paris-Nice s’attaquent ce vendredi au mythique Mont Ventoux. Entre Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) et Salon de Provence (Bouches-du-Rhône), les cyclistes escaladeront le géant de Provence jusqu’au chalet Reynard. Une ascension de 9,5 km à 9.3% de dénivelé. La version totale par le village de Bédouin, s'étend sur 22km et 1.600m de côte. Un « projet insensé », résume Philippe Baudoin, écrivain niçois.

300 km/h de mistral

Décharné de moitié, le Mont chauve est piégeux. Lorsque la forêt classée par l'Unesco se termine, le Géant de Provence dévoile son crâne caillouteux. Un « désert », selon Jacques Goddet, ancien directeur du Tour de France, parsemé d’« étendues dégoulinantes de caillasse blanchâtre ».

Si son sommet dégarni qui culmine à 1.911 mètres, permet de distinguer les rizières de Camargue autant que les pics alpins, il est aussi battu par le Mistral. Jusqu’à 300 km/h. « En Provence, les gens s’imaginent qu’il fait toujours beau, prévient Florence Girard du club des cinglés du Ventoux, mais il y a un gros décalage », entre la douceur de la base, sous un climat méditerranéen et l'âpreté du col, enneigé une partie de l'année.

Quand le soleil tape sur le Mont Ventoux, il brûle, étourdit les plus aguerris. Tom Simpson, en a payé de sa vie (bien aidé par les amphétamines et le cognac) lors du Tour de France 1967. Sous 35°C, le Britannique s'est évanoui d'épuisement, avant de mourir dans l'hélicoptère qui le transportait vers Avignon. 

« Un aimant à cyclistes »

Alors forcément, les randonneurs se font rare. Les seuls assez masochistes pour avaler la pente se déplacent à vélo. « Le Mont Ventoux est un aimant à cyclistes », explique Florence. 600 s’y jettent chaque jour. « Là, tout de suite, si vous prenez votre voiture et que vous montez, vous tomberez forcément sur un grimpeur. » Amateur, pro, local, Japonais ou Australiens, peu importe. Les Belges investissent dans les mas environnants. « Les Néerlandais en sont fous », paraît-il.

Et Florence pas moins. Elle fait partie des cinglés du Ventoux. Un club très fermé de plus de 1.400 cyclistes de 53 nationalités. Seuls peuvent y prétendre ceux qui ont gravi le Mont Ventoux trois fois dans la même journée, par ses trois faces, prenant au mot le dicton local : « N’est pas fou qui monte au Ventoux, est fou qui y retourne. » Pied de nez ultime, la congrégation a maintenant ses variantes « galérien » et « bicinglette », version VTT et doublé de la triple ascension.

En 2006, Stéphane Rubio et Jean-Pascal Roux, des amateurs, se sont même risqués à franchir le col 11 fois chacun en 24h. Un an plus tard, Lode De Paepe, un ingénieur belge, n'en a réussi que quatre. Mais lui avançait sur un unicycle. En 2013, un anglais s'est  hissé jusqu'au sommet en Boris Bike, l'équivalent londonien du Vélib parisien. Avant de ramener son vélo de 20kg à sa borne, 22 secondes avant la fin de la journée de location. Un peu dingue, quoi.