Marseille: Les ex Fralib ont «l'objectif commun de réussir »

ECONOMIE Les membres de la coopérative Scop-TI, qui produisent depuis six mois leur propre thé et infusions, vont lancer une gamme bio à la fin du mois…

Amandine Rancoule
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A Gémenos, les ex Fralib produisent la marque 1336.
A Gémenos, les ex Fralib produisent la marque 1336. — A.Rancoule / 20 Minutes

Des parapets autour de l’usine portent toujours les stigmates de leur combat, symbole des luttes sociales. Dans la cour du bâtiment, des tags représentant le portrait du Che Guevara rappellent le conflit, du temps, pas si lointain, où affiches et banderoles barraient savamment les murs blancs.

Pendant près de quatre ans, les ex-salariés de l’usine Fralib, à Gémenos, se sont battus contre le géant Unilever pour empêcher la délocalisation en Pologne de leur production de thés Lipton et de tisanes Eléphant. Ils ont fait annuler en justice plusieurs plans sociaux et ont occupé l’usine, veillant jour et nuit sur leurs machines, jusqu’à obtenir 19,26 millions du groupe Unilever pour monter leur projet.

Les coopérateurs, trente personnes en CDI pour le moment, ont investi leurs indemnités de licenciement dans la Scop. Ils produisent désormais leur propre thé et infusions. La marque 1.336, pour 1.336 jours de lutte, est distribuée dans plusieurs magasins de France.

La coopérative Scop-Ti produit des thés et infusions
La coopérative Scop-Ti produit des thés et infusions - Boris HORVAT AFP

« On n’est pas des charlots »

Le démarrage est plutôt positif. En six mois, Scop-TI a dégagé 460.000 euros de chiffres d’affaires. « En mai ou juin, on voudrait embaucher dix autres anciens parce qu’on est dans les clous, on n’est pas des charlots », estime Gérard Cazorla, l’ex-leader CGT devenu président du conseil d’administration de Scop-TI, en balayant d’un geste du bras les palettes de stock. En passant devant les machines ronflantes, il tape la bise aux « copains », une main fraternelle posée sur chaque épaule. « Ça va Gégé ? », s’enquièrent-ils tous sans exception. « Je suis arrivé il n’y a pas longtemps, je n’ai pas pu faire dire "bonjour" à tout le monde », s’excuse presque le patron.

« Davantage d’implication »

« La grande distribution nous a bien accueillis et nous lançons la gamme bio à la fin du mois », enchaîne-t-il. Les plantes sont déjà là, à l’intérieur de gros sacs de vracs, notamment le tilleul des Baronnies, « millésime 2015 », ramassé par les coopérateurs eux-mêmes.

Ici, tout le monde met la main à la pâte. « Il y a davantage d’implication, estime Stéphane Perez, technicien de maintenance, travailleur de l’usine depuis 20 ans. Avant on était salarié, on faisait le job et maintenant on participe à tout, des commandes, des livraisons… ».

« Avec Gégé, on travaillait ensemble sur la ligne (de production), si j’ai un truc à dire je lui dis et pareil de son côté, pense Nasrdine Aïssaoui, « opérateur » depuis 1998, « coopérateur » depuis 2015. On est tous responsables et notre objectif commun est de réussir ».

Car si l’Éléphant en papier mâché, figure de proue de toutes leurs luttes, témoin muet d’une lutte syndicale noblement gagnée, peut se reposer en paix dans l’entrepôt, le combat sur le terrain capitaliste, lui, ne fait que commencer.