Marseille: Une trentaine de graffitis du Panier effacés par la mairie

SOCIETE Une trentaine de graffitis du Panier auraient été effacés par la mairie…

Mickael Penverne

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Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille. Lancer le diaporama
Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Le graffiti n’est pas à la fête en ce moment. A Reims, la brigade anti-graffs a fait disparaître une œuvre de l’artiste C215. Le graffiti, peint sur un transformateur à côté de l’hôtel de ville, représentait un garçon boudeur agenouillé. Il avait pourtant été commandé par la mairie. Interrogée par nos confrères de l’Union, celle-ci a reconnu un « petit couac ».

Une histoire similaire est peut-être en train de se dérouler depuis quelques jours au Panier, un des hauts lieux du graffiti marseillais. Depuis des années, des dizaines de graffeurs et de « street artistes » exercent, à tour de rôle, leur talent sur les murs de ses ruelles. On dénombrerait une centaine de fresques qui toutes contribuent à améliorer l’image du quartier, autrefois repère de la pègre italo-corse.

Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille.
Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille. - MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Une trentaine de disparitions

Mais certaines de ses fresques ont désormais disparu. Nettoyées ou repeintes par la brigade anti-graffitis de la mairie. Comme celles qui « décoraient » la palissade entourant le terrain vague de la place du Refuge. La mairie a prévu d’ouvrir ici des jardins partagés en 2017. En attendant, ce sont surtout les rats qui se partagent les poubelles. Comme souvent sur les chantiers, toute la palissade avait été rapidement repeinte par une trentaine d’artistes. Il n’y en a plus aucune trace.

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« On appelle cet endroit le parc à rats. Tout le monde jette ses ordures là-dedans. Les graffitis permettaient au moins de cacher tout ça », grommelle Arnaud, barbe et bonnet noir sur la tête. Âgé de 36 ans, cet habitant du quartier est aussi un graffeur bien connu par la plupart des habitants mais qui préfère conserver son « blaze » (nom d’artiste) secret. Selon lui, une trentaine de fresques auraient disparu depuis une dizaine de jours.

La mairie en rose fluo

Sur les murs de la petite rue du Bouleau, il ne reste rien. Quelques jours plus tôt, il y avait encore deux fresques, peintes avec l’autorisation des propriétaires de l’immeuble, la famille Durand. « Quand j’ai vu qu’elles avaient disparu, j’étais super-énervée, indique Lila C’est nul maintenant, c’est vide ! » L’adolescente est tellement attachée à ces peintures qu’elle a écrit un petit mot à l’attention de la brigade : « Si vous touchez à ce mur, je repeins la mairie… En rose fluo ».

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« C’est vrai qu’on ne demande pas toujours l’autorisation pour peindre mais tous les voisins nous soutiennent », assure Arnaud. S’il continue à taguer des trains ou des immeubles, ce normand d’origine travaille également à la reconnaissance auprès du grand public de cet art urbain. Comme il en existe à Paris, Londres, Berlin ou encore Lisbonne, il vient de créer un « street art tour » consacré exclusivement aux œuvres murales du Panier.

Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille.
Graffitis dans le quartier du Panier à Marseille. - Mickaël Penverne / 20 Minutes

L’âme du quartier

Un week-end sur deux, il emmène les touristes et les Marseillais arpenter pendant deux heures les ruelles du quartier pour découvrir cette culture « mal aimée ». « Je veux l’expliquer pour éviter les amalgames, et je veux aussi la rendre accessible parce que, c’est vrai, c’est un milieu assez fermé », explique-t-il. A l’écouter, ces œuvres sont aujourd’hui plébiscitées par les visiteurs d’un jour et les habitants qui se les sont appropriées.

« C’est vrai que ça se marie bien avec l’esprit du quartier, opine Carole de la boutique de mode Chula. Et puis, ça attire les touristes. Certains ne viennent que pour ça. Ils en discutent, se font photographie devant. Alors, je ne vois pas l’intérêt de les recouvrir, surtout avec du blanc. Ça donne un peu l’impression de vouloir détruire l’âme du quartier ».