Marseille: Corinne Vezzoni, femme architecte de l'année

URBANISME Corine Vezzoni a été élue femme architecte de l'année 2015...

Mickael Penverne

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L'architecte marseillaise Corinne Vezzoni
L'architecte marseillaise Corinne Vezzoni — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

Le « contexte » est son leitmotiv. Depuis son installation à Marseille dans les années 1980 jusqu’à son élection femme architecte de l’année 2015 en janvier dernier, Corinne Vezzoni a gardé le même fil conducteur : s’appuyer sur le site (son orientation, sa matière, son environnement, son usage…) pour imaginer le meilleur bâtiment. « J’ai tendance à m’adapter à un lieu plutôt que de m’imposer, indique-t-elle. C’est pour ça que mes réalisations peuvent apparaître disparates ».

La « signature » de Corinne Vezzoni à Marseille, ce sont d’abord les Archives départementales et le Centre de conservation du MuCEM, situés tous les deux dans le 3e arrondissement. Il y a aussi la station de métro de la Fourragère et le « pavillon jaune » de la faculté de médecine de la Timone livré l’année dernière. Ce bâtiment est un « hommage » à Roger Egger, l’architecte de l’hôpital qui se trouve juste derrière, et dont l’encadrement des fenêtres est parsemé de jaune.

 

Le "pavillon jaune" de La Timone. - Lisa Ricciotti

 

A la Cité Radieuse

« Au lieu de reprendre cette couleur ponctuellement, j’ai imaginé un bâtiment entièrement peint en jaune, explique-t-elle. Une nouvelle fois, le contexte a inspiré ma réponse ». Pour l’école d’ingénieurs de Toulon, la Supmeca, l’architecte a dessiné un bâtiment qui s’encastre dans la colline et dissimule la vilaine zone commerciale construite juste derrière. Pour le futur campus high-tech, The Camp basé à Aix-en-Provence, elle a imaginé un bâtiment en toile entièrement ouvert sur l’extérieur, la forêt de pins et la Sainte-Victoire.

Sa conscience de l’environnement la pousse même à rejeter les grandes tendances de l’architecture contemporaine, comme celle du verre et de la transparence. Au moins dans le Sud. Corinne Vezzoni, qui est née à Arles et a passé son enfance au Maroc, connaît cette lumière souvent crue et pas toujours bienfaitrice. « Le verre, ici, c’est une ineptie, ça devient vite un four ». Elle lui préfère donc le béton, la matière brute « avec de l’épaisseur ». Ce n’est pas par hasard si elle a installé son cabinet au 6e étage de la Cité Radieuse de Le Corbusier.

 

L’école des ingénieurs Supmeca à Toulon. - David Huguenin

 

Une signature plus prestigieuse

Quand elle y a ouvert son cabinet, avec ses associés Pascal Laporte et Maxime Claude, Corinne Vezzoni a refusé le « confort » du secteur privé et de ses barres de logements ou de bureaux livrés à la chaîne. Pendant une décennie, ils se sont attelés à un seul créneau : les marchés publics et leurs concours. Ouverts à tous et rémunérés, ils permettent « de se faire repérer » et de contourner le manque de réseau ou de réputation. Parfois, cela suffit. D’autres fois, non.

Corinne Vezzoni en a fait l’expérience avec la réhabilitation du Vieux-Port. Elle avait présenté un projet entièrement piétonnisé et en partie végétalisé. Le jury du concours l’avait sélectionné. Pourtant, c’est celui du cabinet de Norman Foster, dont la signature est plus prestigieuse, qui a été adopté par la communauté urbaine de Marseille. « Honnêtement, je ne ressens rien, sourit-elle. Je ne suis pas rancunière. Et puis, quand on fait des concours, on s’habitue à perdre ».

« Cela fait partie de la vie d’un architecte de gagner puis de perdre, confirme André Jollivet, président de la Maison de l’architecture et de la ville (MAV). J’ai perdu le concours du Mucem à deux voix près. Mon projet en avait recueilli neuf, celui de Rudy Ricciotti onze. Ce programme aurait certainement changé le cours de ma carrière mais quand je vois le musée aujourd’hui, je n’ai pas de regret ».