Quatre questions sur les rejets en mer de l'usine Altéo de Gardanne

ENVIRONNEMENT Des associations demandent la suspension de l'arrêté préfectoral autorisant les rejets de l'usine d'alumine Altéo...

A.R.
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Gardanne le 23 mars 2011 - L'usine de Gardanne.
Gardanne le 23 mars 2011 - L'usine de Gardanne. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Le tribunal administratif de Marseille a examiné mardi le référé de cinq associations de défense de l’environnement. Elles demandent la suspension de l’arrêté préfectoral autorisant pour six ans les rejets en mer de l’usine d’alumine Altéo de Gardanne. Le tribunal doit rendre sa décision dans « quelques jours ».

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Cette usine est l’ancien site de production d’alumine de Péchiney et du géant minier anglo-australien Rio Tinto, racheté il y a trois ans par le fonds d’investissement américain HIG et renommée Alteo.

De quels rejets s’agit-il ?

Pendant 50 ans, l’usine a rejeté en mer des boues rouges. Elles résultent du traitement de la bauxite, un minerai rouge importé de Guinée, dont on extrait de l’alumine, un composant des écrans LCD par exemple. Le site de Gardanne a déversé plus de 20 millions de tonnes de boues rouges dans les fonds marins de la Méditerranée. L’autorisation de les rejeter a pris fin le 31 décembre 2015.

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Un nouvel arrêté préfectoral autorise depuis, le rejet en mer, non plus de boues rouges, mais de résidus liquides. La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal s’est alors opposée à cette autorisation et a annoncé la mise en place d’une enquête publique. Le préfet dit avoir suivi l’avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques rendu à la fin de cette enquête. A la fin du mois dernier, Ségolène Royal a été saisie d’un recours hiérarchique. Elle doit l’instruire dans les deux mois.

De son côté, l’industriel affirme avoir amélioré son procédé de production, notamment grâce à l’installation de filtres-presses, et n’avoir plus besoin de déverser des rejets solides, transformés en ces effluents liquides. Mais les associations continuent de considérer ces rejets comme polluants pour l’environnement et dangereux pour la santé.

Comment sont-ils rejetés ?

Les résidus de l’usine sont évacués par un tuyau large d’une trentaine de centimètres et de 55 km de long. Il plonge dans la mer, en plein cœur du Parc national des Calanques, jusqu’à 7 km au large de Cassis.

 

Les résidus sortent à plus de 300 m de profondeur, au-dessus de la fosse marine de Cassidaigne, de 2.400 m de fond.

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Que demandent les associations ?

Elles veulent la suspension du nouvel arrêté préfectoral. Car elles reprochent au préfet de ne pas avoir été assez sévère avec l’industriel, notamment dans le suivi des rejets, dans lesquels elles comptabilisent 53 substances polluantes.

« Depuis 1996, on sait qu’il faut arrêter » le rejet, « depuis 1996 on sait qu’il faut faire des études d’impact. Cette étude n’a jamais été produite, ou alors elle est tellement désastreuse qu’elle est restée cachée », a plaidé Benoît Candon, le défenseur des associations.

« Je m’oppose au chantage à l’emploi, ajoute-t-il encore. Au motif de garder 300 emplois, peut-on continuer à polluer ? En quoi ces emplois sont-ils garantis à long terme ? ». L’avocat estime que l’usine de Gardanne n’a « aucun avenir », avec « un procédé technique qui date de Zola ».

« On va dresser un PV au quidam qui ramasse une fleur et on autorise un industriel à polluer un parc national », s’insurge aussi Henry Augier, président de l’Union Calanques Littoral, une des associations requérantes, et directeur à la retraite du laboratoire de biologie marine de la faculté de Marseille-Luminy. « Les rejets sont pollués et toxiques », assure-t-il.

Que dit Altéo ?

« Il n’y a pas d’urgence, car il n’y a plus de boues rouges, a de son côté affirmé Alain Vidal-Nacquet, le défenseur d’Altéo. Depuis qu’elle est en possession de l’usine, en 2012, Altéo n’a cessé de mettre en œuvre des mesures » pour améliorer la situation. En trois ans, l’usine a investi 27 millions d’euros, selon lui.

« Le mécanisme de rejet est le même, mais les composants sont différents », a indiqué l’avocat, estimant qu’il n’existait « aucune preuve » de la toxicité des rejets actuels.

« On a tourné définitivement la page des boues rouges, pense Frédéric Ramé, le PDG d’Altéo. On continue à se projeter et à travailler pour améliorer la qualité de ces rejets ». D’après lui, « les études réalisées ont montré qu’ils n’y avaient pas d’impact environnemental et de risques sanitaires ».