Marseille: Les allocataires de la CAF contraints de poireauter sur le trottoir

SOCIETE Les allocataires de la CAF Desautel, dans le 9e arrondissement, doivent attendre une heure...  

Mickael Penverne

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La file d'attente devant la CAF Desautel.
La file d'attente devant la CAF Desautel. — Mickaël Penverne / 20 Minutes

Ils sont une petite dizaine à attendre sur le trottoir devant les portes de la Caisse d’allocation familiale de l’avenue Desautel, dans le 9e arrondissement. Ils n’attendent pas que la CAF ouvre ses portes. Elles le sont depuis 8 h 45. Ils attendent simplement de pouvoir rentrer. La file d’attente est tellement longue à l’intérieur qu’une partie se termine sur le trottoir. Les allocataires patientent donc dans le froid, sans possibilité de s’asseoir.

« Dehors, c’est au moins demi-heure d’attente. Mais à l’intérieur, c’est encore une demi-heure », explique un des vigiles à l’entrée. Le jeune homme a été appelé en renfort il y a deux semaines pour épauler ses deux collègues. Leur présence pourrait s’expliquer par l’application du plan Vigipirate. En réalité, ils sont là surtout pour calmer les allocataires qui s’impatientent. « Il y a déjà eu des problèmes ici », confirme-t-il.

Comme tous les ans, le renouvellement

« Je suis déjà venu hier, souffle une dame aux lunettes rouges. J’en ai eu pour deux heures. C’est lamentable ». Derrière elle, un homme âgé s’offusque : « Ils ont fermé la CAF Berceau, boulevard Baille. Du coup, ils m’ont orienté ici mais c’est n’importe quoi ». Ouverte il y a un peu plus d’un an, la CAF Desautel devait permettre de soulager les deux autres lieux d’accueil de l’organisme, celles du chemin de Gibbes (14e) et de Malaval (2e), eux-mêmes très régulièrement engorgés.

La direction de la CAF ne conteste pas le problème observé depuis « plusieurs semaines ». Mais elle l’explique par deux raisons « conjoncturelles ». D’abord, le renouvellement des droits. « Chaque année, nous recalculons le montant des prestations des allocataires en fonction de leurs ressources, explique Isabelle Marchand, sous-directrice à la Caisse. Le nouveau versement a lieu le 5 février. » De nombreuses personnes, constatant que le montant de leur allocation a changé (le plus souvent diminué), viennent demander des explications.

 

La caisse des allocations familiales du chemin de Gibbes - P.MAGNIEN/20 MINUTES

 

« La situation est assainie »

Seconde raison avancée par la direction : la CAF verse pour la première fois cette année la prime d’activité, qui remplace le RSA activité. « C’est une prestation nouvelle qui s’adresse à un nouveau public », reprend Isabelle Marchand. Résultat, la CAF se retrouve à gérer 16.000 dossiers supplémentaires. « C’est quelque chose que nous avions anticipé puisque nous avons limité au maximum les congés personnels pour cette période, indique la direction. Nous avons donc un effectif plus calibré qu’en période normale même si apparemment, cela n’a pas suffi. »

Considérée comme le « premier amortisseur social de la crise », la CAF de Marseille gère environ 200.000 allocataires, soit la moitié des Bouches-du-Rhône. Ces dernières années, ses lieux d’accueil ont été régulièrement pointés du doigt à cause de leur engorgement. En 2012, la direction avait même été obligée de les fermer pendant 15 jours pour permettre à ses agents de traiter les 100.000 dossiers en souffrance, l’équivalent de deux à trois mois de retard. Deux ans plus tard, Isabelle Marchand jure que, de ce côté-ci, « la situation est assainie ».

>> A lire ici : Pour rattraper son retard, la CAF limite l’accueil

Préavis de grève

« On traite aujourd’hui plus de 75 % des dossiers en moins de 15 jours et près de 95 % des minima sociaux en moins de 10 jours. Le redressement de la situation est progressif et les flux importants que nous constatons en ce moment ont des motifs purement conjoncturels », insiste-t-elle. La CGT n’y croit pas. Selon Lionel Zaouati, secrétaire général du syndicat, la situation est « catastrophique », et même « intenable » : « Quand ça fait dix ans que l’on évoque des problèmes conjoncturels, je crois qu’on peut dire que ces problèmes sont, en fait, structurels. »

« Les conditions de travail sont abominables, assure-t-il. On manque de personnel, de formation, on accumule les retards et en plus, on envoie des jeunes agents au casse-pipe [à l’accueil]. C’est un vrai problème organisationnel et de moyens. » La CGT va donc envoyer jeudi à la direction un préavis de grève. Elle demande aux agents de la CAF de Marseille de cesser leur travail le 29 février. Pile au moment où les allocataires recevront leurs prestations et viendront ensuite réclamer des explications dans les lieux d’accueil…