Elle coache les animaux pour les films de cinéma

PORTRAIT Plusieurs de se sanimaux sont les stars de « Les saisons », de Jacques Perrin…

Amandine Rancoule

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Les lynx — A.Rancoule/20minutes

D’abord il y a Henriette et son accueil enthousiaste. « Elle est très curieuse, il faut toujours qu’elle vienne voir ce qui se passe, sourit Fred, barrant gentiment la route à l’ânesse. Mais elle n’est pas du tout méchante », assure-t-il, la tête collée à son museau. A peine plus loin, il y a les lapins, les poules, le chat, le chien, la basse-cour tout entière.

Puis, à l’intérieur, il y a Looping, un gris du Gabon. Accroché au porte manteau de l’entrée, le perroquet toise les visiteurs, immobile. « Il fait son timide », s’excuse Fred. Avec son épouse, Marie-Noëlle Baroni, ils animent une ferme itinérante réunissant les animaux de la faune européenne. Mais pas que.

« Je vis avec les animaux que j’élève et je les coache pour le cinéma »

« Je suis fermière et aussi coach animalière, précise Marie-Noëlle, en repoussant d’un geste de la main une mèche claire échappée de son chignon. Je ne suis pas comportementaliste, moi, je vis avec les animaux que j’élève et je les coache pour le cinéma ». Et oui, la plupart des animaux de « Les Saisons », le film de Jacques Perrin sont très copains avec Marie-Noëlle. Davantage même.

Pour ce film, « il a fallu filmer la proie et le prédateur, souligne la coach. Le renard et le lynx sont des espèces qui ne sont pas faites pour vivre ensemble ». Et pourtant. Marie-Noëlle a recueilli bébés, un lynx et un renard, nés en captivité. « Je suis restée trois mois, nuits et jours avec eux, à les nourrir au biberon, dormir, jouer… ça s’appelle l’imprégnation. Lorsque tout petit on sollicite les relations entre deux espèces et avec l’humain, une relation durable se crée entre eux et avec l’imprégnateur. Cette scène du film est comme un jeu pour eux, une attitude naturelle et ils ne sont pas dérangés par les humains, les caméras, les photos », assure-t-elle, couvrant les cris du perroquet, soudain sorti de sa torpeur.

« Je suis toujours avec eux sur les tournages »

« Tu crois pas que tu essayes un peu trop d’attirer l’attention ? », s’agace la coach en se tournant vers l’oiseau. Vexé, il tente une incursion sur la table du séjour. « C’est interdit, va sur ton perchoir, lui assène-t-elle. C’est le seul endroit où il n’a pas droit d’aller », précise-t-elle. Car forcément, il faut des règles. Marie-Noëlle s’engage avec les animaux « pour toute leur vie. Je ne les loue pas et je ne les donne pas, et je suis toujours avec eux sur les tournages ».

Comme avec ses six renards, pour le film de Luc Jacquet sorti en 2007, Le renard et l’enfant. « Nous sommes allés à un casting de renards car l’équipe cherchait des renards imprégnés. On devait rester uniquement pour les scènes avec la petite fille et puis ça s’est bien passé alors on est restés sur tout le tournage », se souvient Marie-Noëlle.

« Je suis connectée en permanence avec eux »

Il faut la voir « Madame Renard », avec ses bêtes. « Tous les jours, on fait des câlins hein ? », demande-t-elle à la jeune Nikita, la petite du couple animal, star du Renard et l’enfant. Réveillée dans sa cabane pendant sa sieste, la renarde se laisse allègrement gratter le pelage. Certainement une façon d’opiner.

« C’est maternel, si je n’avais pas ça, je serai dans le néant. Je suis connectée en permanence avec eux. Si je pense qu’une de mes chèvres est en train de mettre bas, je vais voir à n’importe quelle heure et c’est le cas. Ce lien pour moi, c’est vital », raconte-t-elle, toujours talonnée par Henriette, l’ânesse curieuse.

Nikita, la renarde. - A.Rancoule/20 Minutes

 

A 8 ans déjà, Marie-Noëlle recueille des loirs, en cachette, dans sa chambre d’enfant. Son chat a tué leur mère, alors elle « doit » les élever. Plus tard -et plus gros-, ils détruiront la toiture de la ferme familiale, provoquant la colère paternelle sans entacher la passion de l’enfant. Une lutte vaine. « Les animaux viennent vers moi, je ne l’explique pas ».

« L’animal a un comportement animal »

Même Youk et Tiger, ses deux lynx. Mais attention, personne ne pénètre dans l’enclos. « L’animal a un comportement animal. Le risque zéro n’existe pas, souligne-t-elle. Même moi, si je suis trop fatiguée par exemple, je ne vais pas les voir. Il faut être déterminée et bien dans sa tête car une incertitude dans mon comportement va créer une inquiétude chez l’animal qui risque de réagir… en animal. C’est-à-dire un fauve, avec ses griffes et avec ses dents ». Néammoins, on la dirait à l’aise comme avec deux gros matous ronronnant au coin du feu.

Les lynx se font câliner. - A.Rancoule/20 Minutes

 

Mais s’occuper des animaux est « un sacerdoce ». Ses six enfants et ses neufs petits enfants le savent. « On n’a pas de vacances, pas de week-end, mes enfants savent ce que cela représente et cette passion a au moins sauté une génération », plaisante-t-elle.

Même dans sa maison, les images des animaux sont présents. Son lynx, sur un set de table, s’amuse dans la neige. Un renard a l’air de sourire sur un coussin. « Des cadeaux de mes enfants, précise-t-elle. Et ce sont bien mes animaux, je les reconnais sans problème du premier coup d’œil ». Un peu comme la mère d’une très grande famille.