Aix-en-Provence: Un diplôme de la laïcité pour les imams, les prêtres, les matons, les athées...

SOCIETE L'IEP d'Aix-en-Provence a mis en place une formation pour comprendre la laïcité...

Mickael Penverne

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Photo d'illustration.
Photo d'illustration. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Il y avait le certificat d’études. Maintenant, il existe le certificat de la laïcité. L’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence propose depuis deux ans un diplôme universitaire un peu particulier. Cette formation, qui dure un an, s’adresse à des étudiants lambda mais aussi (et surtout) à toutes les personnes qui s’interrogent sur une thématique qui se trouve très souvent au centre des débats : la laïcité. Son nom : « Pluralité religieuse, droit, laïcité et sociétés ».

A l’origine, cette formation a été ouverte pour former les imams et leur donner les outils juridiques, historiques et sociologiques pour comprendre - et accepter - ce principe. Mais après un an d’interruption en 2014, il a été décidé d’ouvrir le DU à toutes les personnes qui sont amenées à être confrontées « à la pluralité religieuse dans un contexte de laïcité », selon Franck Fregosi, chargé de recherche au CNRS et responsable de la formation.

 

Des musulmans au parc chanot de Marseille (photo d’illustration) - P.MAGNIEN/20 MINUTES

 

Une si longue histoire

La nouvelle session accueille ainsi 22 participants qui ne sont pas tous musulmans. En plus des imams, on y trouve des prêtres, des fonctionnaires ou encore des agents de l’administration pénitentiaire. Composée de trois modules (histoire, juridique et institutionnel, sciences sociales du religieux), la formation dure 135 heures, soit deux jours d’enseignement par mois.

Le DU commence par aborder la longue et tumultueuse histoire de la laïcité en France. « L’idée, c’est de leur montrer qu’il y a toujours eu des relations complexes entre les religions et l’Etat, et que ces tensions ont abouti finalement à la loi de séparation » de 1905, explique Franck Fregosi. La formation permet aussi de se souvenir que la France a « toujours eu quelques difficultés avec la diversité ». Avec toutes les diversités, qu’elles soient religieuses, linguistiques ou régionales.

Une boîte à outils

La formation fait aussi une large place au rappel du droit. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est précisée mais aussi la construction des lieux de culte, ainsi que les dons et les legs. Il s’agit ici de donner « un savoir pratique » aux étudiants. « La laïcité peut être une boîte à outils plus pragmatique qu’on ne le pense », indique le chercheur. Enfin, la formation insiste sur la dimension sociale du fait religieux : l’engagement, la sécularisation, l’extrémisme, etc.

 

Abdoul Karim M’Bechezi est membre du Conseil régional du culte musulman et aumônier dans des hôpitaux. Il est aussi un des représentants de la communauté comorienne à Marseille qui compte environ 80 000 membres. Aujourd’hui, il le reconnaît : avant de suivre cette formation, il n’était pas vraiment favorable à la laïcité  « J’étais contre parce que je ne comprenais pas de quoi il s’agissait, indique-t-il. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas. Moi, j’étais comme eux. J’étais ignorant ».

Pas de catéchisme républicain

Cette formation lui a permis d’abord de découvrir une partie de l’histoire de France, notamment les guerres de religion et la Saint-Barthélemy. Elle lui a aussi appris ses droits « en tant que musulman français ». Elle lui a enfin donné les clés pour comprendre la laïcité. « Je pensais que cette loi (celle de 1905) mettait à l’écart les croyants. Or, je remarque aujourd’hui qu’elle facilite l’exercice du culte (…), qu’elle permet de vivre ensemble et d’avoir un dialogue avec toutes les tendances ».

 

« Il faut bien comprendre ce que dit la loi. Cela concerne les religieux mais aussi les athées pour qu’ils comprennent, eux aussi, l’importance de la religion dans notre société », insiste-t-il. « La laïcité fait partie de notre histoire nationale mais est-on allé voir dans le détail ce qu’elle signifie ? », renchérit Franck Fregosi. Grâce à cette formation, qui s’adresse aussi aux élus et à tous les décideurs politiques, le chercheur entend promouvoir une « nouvelle intelligence de la laïcité ».

« Nous ne sommes pas là pour délivrer un catéchisme républicain ni pour prêcher les consciences. L’idée est d’ouvrir la boîte à outils de la laïcité et de montrer quels sont ses éléments constituants, les principes fondamentaux et les solutions de droit qui existent. Dire ce que la loi dit et, à l’inverse, ne pas lui faire dire ce qu’elle ne dit pas », conclut-il.