OM: On a testé l’accessibilité des supporters handicapés au Vélodrome

FOOTBALL Reportage avec le Handifan Club des supporters de l'Olympique de Marseille...

Christine Laemmel
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Fabien Lamirault C.LAEMMEL/20MINUTES
Fabien Lamirault C.LAEMMEL/20MINUTES — C.LAEMMEL/20MINUTES

« Vas-y, vas-y ». D’un geste de la main, René Poutet fait signe à un supporter handicapé de se faufiler. Le fauteuil roulant glisse derrière la barrière, qu’un stadier s’empresse de refermer. Nous sommes au deuxième étage de la tribune Ganay du Stade Vélodrome. Le président du Handifan Club vient de faire « illégalement » entrer un abonné handicapé dans une zone… handicapée.

René Poutet (à droite) au deuxième étage de la tribune Ganay. 

Des places handicapées non mises en vente

Sur le sol de la coursive en béton qui longe les salons VIP, une vingtaine de numéros sont peints les uns à côté des autres, accompagnés du logo d’un fauteuil roulant. Mais aucun spectateur n’y est installé. « Le club refuse de mettre ces places en vente », assure René. Pourquoi ? Le président fait la moue et lève les bras au ciel. « C’est stupide, commente Fabien Lamirault, posé dans la zone interdite avec son fils, on serait même prêt à payer un peu plus. » Ce membre du Handifan Club depuis sept ans est aussi médaillé paralympique de bronze de tennis de table en 2012.

 

Fabien Lamirault et son fils au deuxième étage de la tribune Ganay.


Passée l’incompréhension, le champion d’Europe 2015 ne se plaint pas. La rénovation du Stade lui convient. « Je trouve ça bien de pouvoir être partout, même en virage », salue-t-il. René Poutet lui, reste circonspect. Il désigne une zone dans le virage nord. Une allée, semblable à celle qui borde les salons VIP, coupe le virage en deux dans le sens de la largeur. Mais est librement accessible. Quelques sièges blancs trônent. « Je les mets où les accompagnateurs, là ? », interroge le président, qui s’inquiète aussi des mouvements de foule. Au cinquième étage, des chaises de bar non fixées, ont été rajoutées, « payées par l’OM », prend-il soin de préciser. Seraient-elles autorisées dans les virages ? René fait à nouveau la moue.

« Avant, on était mieux placés »

Les plus vieux membres du Handifan sont ici, au cinquième étage. Deux zones de 80 places (40 handicapés + 40 accompagnateurs) y sont accessibles, de part et d’autre du PC sécurité. Une barrière dissuade les badauds d’y entrer et les « jaunes », noms donnés aux 36 bénévoles d’après la couleur de leur chasuble, veillent. On y accède par un ascenseur (actionnable avec une clé) qui peut contenir deux fauteuils. De si haut, la vue est plus belle mais les actions plus floues. La brochette de quatre mères soixantenaires qui accompagnent leur fils handicapés, acquiescent. « Avant, on était mieux placés », souffle Danielle, maman de Frank.

Frank, Manu et Max, abonnés du Handifan Club, au cinquième étage de la tribune Ganay.

 

Avant la rénovation, l’écrasante majorité des handifans était regroupé quasiment au niveau de la pelouse dans un espace pouvant contenir 400 personnes. « On était tous regroupés, poursuit Renée, abonnée depuis plus de 25 ans, il y avait plus d’ambiance. » Danielle et Renée pourraient bien descendre au deuxième mais « quand les autres supporters se lèvent, j’ai peur que mon fils ne voit pas, justifie l’une d’elle. Et puis en bas, il y a plus de marchands, s’il arrive quelque chose, on se sent plus protégés ici. »

Pente raide et parking sombre

Une fois le coup de sifflet final donné et le fauteuil déchargé au rez-de-chaussée, les craintes de Danielle prennent tout leur sens. Il est 22h30, les quelques lampadaires qui fonctionnent éclairent mal l’esplanade sablonneuse. Les quatre accompagnatrices et Max, gêné par sa béquille, progressent difficilement au milieu des groupes de supporters agités. « Danielle ? Elle est où Danielle ? Ah là ». Les voix se retrouvent. Personne ne traîne. Rôdées, elles poursuivent leurs bavardages jusqu’à une pente qui force les plus frêles à s’arcbouter pour ne pas lâcher le fauteuil qui porte leur fils.

Le trajet que doivent emprunter les handifans pour rejoindre leur parking.

 

« Vous voyez ce que c’est d’être un supporter handicapé ? », s’agace Max. C’est poursuivre encore cinq minutes entre les phares de voitures au milieu de la route, les trottoirs à escalader et les lumières absentes du parking réservé. « Et on revient la semaine prochaine pour OM-PSG, ce sera encore plus le bordel », sur le terrain, comme autour pour circuler en fauteuil.