Marseille Consolat a les yeux plus gros que la banque

FOOTBALL Le petit club des quartiers Nord de Marseille pourrait bien évoluer en Ligue 2 la saison prochaine...

Christine Laemmel

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Consolat
Consolat — C.LAEMMEL/20MINUTES

Dans l’étroit local du Groupe Sportif de Consolat, Fathi, la secrétaire, nettoie le trophée de passage en National. Il date d’à peine un an mais la couleur a déjà tourné. Qu’importe, il sera peut-être relayé au placard au mois de mai. De l’autre côté du mur, Jean-Luc Mingallon sourit. « Si le championnat s’arrêtait aujourd’hui, on irait en Ligue 2 », savoure le président. L’équipe de foot des quartiers nord, qu’il dirige depuis 33 ans, cinquième du championnat de National (troisième grâce au goal average), est à 15 rencontres de passer professionnel.

« Un Ouigo à 10 euros »

Pourtant, le club du 15e arrondissement a le plus petit budget du championnat. 600.000 euros annuels, contre 5 millions pour le leader, Strasbourg. « Quand on monte à Boulogne, on se tape un Ouigo à 10 euros, on arrive à Marne-La-Vallée, on fait 4h de bus, détaille Jean-Luc Mingallon. Boulogne, ils arrivent à Marignane en une heure en avion, ils ont un car et un repas qui les attend. Après le match, pendant qu’ils retournent à l’hôtel, nous, on fait 20h de bus dans la nuit. »

Le président râle, mais savoure d’autant plus sa place de challenger. « Ça m’amuse, poursuit-il. On devrait même pas être là. On est une erreur du football. » Un bug qui commence à sérieusement titiller sa patience. Car si les journalistes s’intéressent de plus en plus à Consolat, les investisseurs restent discrets. Aucun ne s’est manifesté, assure Mingallon, « même si on n’a sollicité personne non plus ».

La promesse des droits TV

Le président attend davantage des collectivités, région, département et ville de Marseille. Richard Miron, adjoint aux Sports, a déjà annoncé son intention de mettre le Stade Vélodrome à disposition de Consolat. « J’ai noté son engagement, commente sobrement le dirigeant. Il faudrait aussi que les collectivités nous ouvrent un peu plus les vannes financières. On nous a toujours dit qu’on nous aiderait quand on serait dans l’élite. Mais c’est maintenant qu’il faut nous aider. Ce serait trop bête d’arriver devant la DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion, qui valide le changement de division) et d’être recalé. »

Une fois en Ligue 2, les droits TV devraient redresser les comptes. En 2014-2015, les clubs de deuxième division ont touché entre 3 et 5 millions d’euros. Mingallon vise la fourchette haute, « de l’eau bénite », en écartant toute folie des grandeurs. « Rien ne changera, assure-t-il. Nous, on a un recrutement marseillais, même si on s’ouvre de plus en plus. On récupère des joueurs de DH, qu’on commence à vendre. On a vendu (Faiz) Selemani à Niort pour 80.000 euros. On s’est aperçu que là aussi, on a beaucoup de retard à rattraper. »

« Pas en phase » avec l’OM

Au lieu de s’engager dans les Deux-Sèvres, le meilleur buteur de National la saison dernière, aurait pu signer avec un autre club local, l’Olympique de Marseille. « L’OM le voulait gratis, se souvient le dirigeant, agacé. Ils le prenaient pour nous le reprêter, c’était compliqué, mais on n’est pas des clochards non plus ». Ce couac est à l’image des échanges entre les deux clubs, « pas en phase », dira le président de Consolat.


« A une époque, l’OM nous avait dit: montez en CFA 2, on verra. On est monté, pas de nouvelles. Pareil en CFA. Après on nous a dit: montez en National, et là, on travaillera ensemble. Pas de nouvelles. Je pense qu’ils attendent qu’on soit en Ligue des champions pour nous aider. On en est là. » Là, loin de taper la bise à Vincent Labrune. Mais sur le point de le côtoyer dans le foot professionnel.