Marseille: Une enseignante des quartiers Nord dénonce la présence d'amiante dans son école

SOCIETE Une enseignante des quartiers Nord a décidé de sortir de son devoir de réserve pour dénoncer la vétusté de son établissement et la présence d’amiante…

Mickael Penverne

— 

Une salle de classe (photo d'illustration).
Une salle de classe (photo d'illustration). — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les écoles marseillaises entrent dans une nouvelle phase d’ébullition. Après le cafouillage en 2014 sur les temps d’activité périscolaires, c’est l’état des bâtiments qui mobilise désormais enseignants et parents d’élèves. Charlotte Magri est professeure dans une école des quartiers Nord, classée en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Il y a quelques semaines, elle a choisi de sortir de son devoir de réserve, pourtant applicable à tous les fonctionnaires, pour dénoncer la vétusté de son établissement.

L’état des lieux commence par le chauffage qui tombait en panne régulièrement. « Pendant plusieurs jours, il ne faisait pas plus de 13 degrés dans la classe, raconte-t-elle. Certains élèves avaient même les lèvres bleues à cause du froid ». L’été, c’est l’inverse qui se produit. A cause des fenêtres bloquées, les salles de classe se transforment en fours. « Quand ils ont trop froid ou trop chaud, les élèves ne sont pas disponibles pour l’apprentissage. A terme, cela pénalise forcément leur scolarité », rappelle à toutes fins utiles Charlotte Magri.

Une planche de bois qui tombe

Et puis, il y a les murs qui s’effondrent : « Un jour, je descendais avec mes élèves dans la cour quand une planche en bois de deux mètres de long, avec un des deux bouts pointus, est tombée du mur. Elle a dévalé les escaliers et s’est arrêtée juste au pied d’un des enfants ». Enfin, il y a l’amiante. Selon l’enseignante, un diagnostic a permis d’établir en 2007 sa présence dans les sols et les plafonds, et a conclu à la nécessité de faire des travaux. Neuf ans plus tard, l’amiante est toujours là.

 

Il y a de plus en plus de trous dans le sol. - Charlotte Magri

 

Or, « il y a de plus en plus de trous dans les sols et des dalles de faux plafonds qui bâillent, affirme la professeure. Ils avaient trois ans, légalement, pour faire des travaux. Rien n’a été fait ». Les demandes de réparation ont bien été adressées à la mairie, responsable des bâtiments scolaires. Sans réponse, ou presque. « Ils ont quand même changé une fenêtre qui avait un impact de balle. Et puis, ils se sont occupés du chauffage. Désormais, la température ne descend plus en dessous des 15 °C »…

Lasse d’attendre de véritables améliorations, Charlotte Magri a écrit une lettre ouverte à la ministre de l’Education nationale, intitulée « Je nous accuse », pour lui exprimer sa « colère d’enseignante ». Sans réponse de Najat Vallaud-Belkacem, elle vient de lancer une pétition sur Internet pour lui demander « d’avoir le courage politique d’assumer la réalité du terrain pour pouvoir agir ». Elle a même ouvert une page sur son blog pour recueillir des témoignages d’enseignants et de parents d’élèves.

 

Car ce n’est pas la première fois que la vétusté des écoles maternelles et primaires marseillaises est pointée du doigt. Il y a un an, par exemple, le plafond de l’école Ruffy, dans le 3e arrondissement, s’était effondré. En juin dernier, des parents d’élèves de l’école de Saint-Antoine Thollon, dans le 15e arrondissement, avaient bloqué l’entrée de l’établissement pour protester contre la chaleur extrême qu’il y régnait. Dernier exemple en date : celui de l’école de la Timone, dans le 10e arrondissement, où les températures en janvier ne dépassaient pas 12 °C à cause d’une chaudière en panne.

 

>> A lire aussi : 12 degrés dans les classes, la maternelle conseille aux parents de garder leurs enfants

 

« Il manque du personnel d’encadrement mais aussi technique pour assurer l’entretien des bâtiments », soupire Séverine Girard, membre du collectif DZ qui avait lancé un « manifeste des écoles marseillaises » en 2014 pour dénoncer notamment le « scandale » de la maintenance des écoles. « La mairie améliore ponctuellement les choses mais les délais de réponse sont beaucoup trop longs, poursuit-elle. D’une façon générale, le budget alloué aux écoles est nettement insuffisant. On le sait tous : l’école n’a jamais été la priorité du maire actuel ».

Contactée, l’adjointe à la mairie chargée des écoles, Danielle Casanova, a fait répondre qu’elle ne s’exprimera pas avant le prochain conseil municipal qui se déroulera le 8 février. Ce jour-là, justement, l’opposition socialiste a prévu de rendre publiques les conclusions de la commission d’enquête sur les activités périscolaires.