Mais sinon, il se passe quoi entre le rappeur Jul et l’OM?

FOOTBALL Football et rap ont toujours été entremêlés à Marseille...

Christine Laemmel

— 

Benjamin Mendy dans le clip de Jul
Benjamin Mendy dans le clip de Jul — Jul

Des silhouettes en tee-shirt noir, cagoule sur le visage, des scooters qui cabrent en pleine rue. Un air dansant et un rappeur qui enchaîne les couplets face caméra. Et, assis sur le toit d’une voiture de sport, Benjamin Mendy, défenseur de l’Olympique de Marseille. Avec ses mains jointes, il regroupe ses doigts en pistolets (à 1’07), dans le clip aux 20 millions de vues « En Y ». Un signe reconnaissable entre milles quand on suit un peu l’OM. C’est la marque de fabrique du rappeur Jul, autodidacte né dans le 12e arrondissement de Marseille, aux 500.000 albums vendus et au label indépendant (le sien, D’Or et de Platine). C’est aussi le geste que fera Mendy après avoir marqué un but le 14 septembre face à Bastia.

 

FIER VITTORIA ❤⚽ !! Et soutien au JuL demain ds les bacs #doretdeplatine #OM

Une photo publiée par RC ⚽ (@remycabella_rc) le 3 Déc. 2015 à 14h52 PST

 

En featuring avec Mendy

Le défenseur n’est pas le seul à rendre hommage à son artiste favori. Michy Batshuayi, poste régulièrement sur Twitter des messages reprenant les paroles de ses chansons. Rémy Cabella est apparu en janvier sur une vidéo Snapchat fêtant l’anniversaire de Jul. Mendy a même fait un featuring avec le chanteur. « Un jour, vers 2h du matin, il m’a dit "Qu’est-ce tu fais ?", racontait Jul dans une interview accordée à Noisey, j’ai dit "Rien, passe à la maison si tu veux". J’ai fait une instru, il est venu, on s’est chauffés, je chantais, lui aussi, je lui ai dit : "viens au micro". Normal. On se prend pas la tête. »

 

TOUT D’ABORD MERCI A TOUS CEUX QUI ME SOUTIENNENT ET QUI CROIENT EN MOI !!! APRES CE LONG MOMENT D’ABSENCE JE VOUS…

Posté par JUL (saint Jean La Puenta) sur jeudi 1 octobre 2015

 

Normal, comme dit Jul. La proximité entre le chanteur et l’OM n’est pas surprenante. D’autres rappeurs avant lui ont tissé des rapports étroits avec le club. En 2012, Akhénaton, leader d’IAM, s’est improvisé styliste et a créé le fameux maillot orangeAndré Pierre Gignac et Michy Batshuayi sont apparus dans un clip d’Alonzo l’an dernier. En 2007, Soprano tourne celui de « Halla halla » dans le Vélodrome et s’offre une scène finale avec Pape Diouf, encore président du club. Une playlist des Psy 4 de la rime a d’ailleurs été diffusée en novembre au Stade, après le décès de Sya Styles.

En 2010, l’album de l’artiste est vendu avec une écharpe co-brandée OM-Soprano. « On peut parler d’un vrai partenariat entre le club et l’artiste, note Pierre-Etienne Minonzio, auteur du Petit lexique musical du football. Le club a très bien senti la carte à jouer avec la scène locale. » En 2004, l’album OM All Stars, initié en partie par le club, a réuni des titres de rappeurs locaux à la gloire de l’OM, un format « unique en France », assure l’écrivain.

1993, la Ligue des champions et le MIA

Là où le PSG évoque vaguement Patrick Bruel, là où Lyon cherche encore la musique d’entrée de ses joueurs, là où Lens capitalise sur les (mythiques) Corons, le club phocéen doit un hymne à quasiment chaque artiste local. « L’OM a l’identité musicale la plus forte de France », confirme Pierre-Etienne Minonzio. 1993 reste une année inoubliable dans la cité phocéenne. Symbole de cette connivence entre foot et musique, elle est celle du triomphe en Ligue des champions et de la sortie du cultissime « Je danse le MIA ». Il y a 20 ans, les supporters à nuque longue frimaient, « en mocassins Nebuloni ». En 2016, Mendy distribue des « #mercééé » sur son compte Twitter. Une histoire de codes qui se perpétuent. A chaque fois, les fans suivent. Le club, bien moins avec Jul. Aucune association en vue, la faute à une image moins lisse sans doute.

Au Stade Vélodrome, cathédrale des Marseillais, l’empreinte musicale est plus floue. Depuis 30 ans, les joueurs pénètrent sur le terrain sur un morceau de rock, « Jump » de Van Halen. « A l’époque, les joueurs entraient en sautant, c’était le tube du moment », rappelle Minonzio, journaliste de L’Equipe. Aujourd’hui, forcément, c’est moins la patate. Pareil quand les enceintes lâchent du Emmanuel Moire ou du Marina Kaye pendant l’échauffement. Au Stade, se produit d’ailleurs souvent un match avant le match : variété balancée par la sono « officielle » et rap craché des haut-parleurs du virage nord. Distinguer du Tonton du Bled par-dessus du Fréro Délavega, est chose courante au Vélodrome. Pas mercééé pour ça.