Attentat de janvier: Un an après «Charlie», «Le Ravi» force toujours le trait

MEDIAS Le mensuel satirique régional «Le Ravi» revient sur l’attentat de «Charlie Hebdo» dans son numéro de janvier…

Amandine Rancoule

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Le rédacteur en chef du Ravi devant le PDF du numéro de janvier. Lancer le diaporama
Le rédacteur en chef du Ravi devant le PDF du numéro de janvier. — A.Rancoule / 20 Minutes

On sonne à la porte. Plusieurs fois. « Ouvrez, c’est moi ! Je ne suis pas un terroriste », plaisante un journaliste, au seuil de la rédaction du Ravi. L’équipe du mensuel satirique ne perd pas son humour. Depuis onze ans, rédacteurs et dessinateurs traitent l’actualité régionale avec une liberté de ton, chère au genre. Même en mémoire de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo, en janvier dernier.

« A l’époque, personne n’était "Charlie" »

« On a eu un effet de sidération, de colère et à la fois une détermination parce que nous étions mobilisés pour continuer à faire paraître le Ravi », rappelle Michel Gairaud, le rédacteur en chef du Ravi.

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« Comme Charlie Hebdo, nous sommes sur le registre de la satire et on a une certaine histoire commune : Coco a fait des Unes pour Le Ravi, nous avons invité Charb à venir deux fois à Marseille pour des débats sur l’extrême droite, puis sur la liberté d’expression… Il était déjà sous protection policière, mais à l’époque, personne n’était "Charlie" », se souvient le journaliste.

Dans son numéro en kiosque vendredi, Le Ravi n’y va pas avec le dos de la cuillère. En Une, un dessin signé Ysope met en scène Marion Maréchal Le Pen, képi sur le cerveau, pancarte en mains : « Je suis partout », prévient-elle. « Rien n’est pardonné », annonce le titre, clin d’œil au dessin de Luz paru le 14 janvier dernier. « On se sent pris en étau entre une poignée d’islamistes radicaux et la progression de l’extrême droite », précise Michel Gairaud.

« Malgré les beaux discours, la précarité existe »

Une page du numéro de janvier du Ravi fait ainsi la part belle aux dessins de presse entre dérives sécuritaires, montée de l’extrême droite et attentats… « Il faut se dégager du « Je suis Charlie », tout ce qui passe à côté est beaucoup plus large, estime Yakana, auteur d’un dessin mettant en scène « la connerie », une bougie commémorative plantée dans l’œil. « Même pas mal », souffle-t-elle, les dents acérées.

« Le dessin est un choix éditorial, une respiration qui peut être décalée par rapport à l’information, estime aussi Jean-François Poupelin, journaliste au mensuel. En tant que rédacteur, on enquête, on recoupe les sources, on fait des reportages et le dessin apporte une respiration, un regard plus grinçant, peut être plus choquant ».

Alors « Charlie, un an après, tout a changé… » ? « On a toujours la tête dans le guidon, raconte Charmag, collaborateur régulier avec Le Ravi. Beaucoup de collègues se sont fait lourder, ajoute-t-il. Je travaille de la même façon, on essaye de pérenniser nos piges. Et malgré les beaux discours, la précarité existe ». Dans une mise en abyme, une illustration du mensuel l’atteste : « Le dessin de presse est enfin reconnu », analyse, sarcastique, un dessinateur au manteau rapiécé. Cahier et crayon au sol, il fait la manche. Leur ironie, non plus, n’a pas changé.