Marseille: Dernier train de houle pour la SNCM

ECONOMIE La CGT de l'ex-SNCM a bloqué le bateau d'un concurrent dans le port de Marseille...

Mickael Penverne

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Le Stena Carrier dans la rade de Marseille.
Le Stena Carrier dans la rade de Marseille. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP

La SNCM, c’est terminé. Depuis mardi, la compagnie, créée en 1969 sous le nom de Compagnie générale Transméditerranéenne, a cessé officiellement d’exister. Le dernier bateau effectuant une traversée sous ces couleurs, le Paglia Orba, est entré dans le port de Marseille peu après 8 heures. Reprise en décembre par le groupe de Patrick Rocca, après avoir été placée en redressement judiciaire pendant un an, la nouvelle société n’a pas encore de nom.

La holding juridique qui a repris les actifs de la SNCM se nomme MCM pour Maritime Corse Méditerranée. « Mais le processus du choix du nom commercial est encore en cours. Durant ce laps de temps, qui pourrait durer deux ou trois semaines, les bateaux ne seront pas repeints », explique-t-on à la compagnie. Même si le groupe Rocca se trouve en Corse, le siège de la nouvelle compagnie devrait rester à Marseille. Mais un déménagement n’est pas exclu, le bâtiment actuel, situé rue de Ruffi (3e), apparaissant désormais surdimensionné.

Olivier Diehl reconduit

La reprise de la SNCM s’est accompagnée en effet d’un plan social drastique puisque l’entreprise a perdu plus de 560 salariés en quelques semaines. « L’appel à volontariat a connu un grand succès », rappelle la compagnie qui ajoute que les dernières lettres de licenciement sont déjà parties « depuis longtemps ». De son côté, Olivier Diehl, le désormais ancien directeur général de la SNCM, a été reconduit aux mêmes fonctions dans la nouvelle compagnie, et le comité de direction a été « globalement maintenu », indique-t-on.

La disparition de l’entreprise historique s’est accompagnée d’une nouvelle action des marins de la CGT qui avaient déposé un préavis de grève mardi pour protester contre l’arrivée d’un concurrent entre Marseille et Bastia. Corsica Linea, formée par le consortium Corsica Maritima et l’armateur Daniel Berrebi, a lancé une ligne de fret entre la Corse et le continent. Leur unique bateau, le Stena Carrier, devait accoster mardi matin à Marseille. La CGT en a décidé autrement.

 

Selon la direction de Corsica Linea, des marins ont empêché le navire d’accéder au port. « Malgré la présence de nos représentants accompagnés d’un huissier de justice, la CGT, installés sur les chaloupes du Danielle Casanova appartenant depuis minuit au nouveau repreneur MCM/Rocca, l’ont accueilli à coup de cocktails Molotov et autres engins incendiaires », indique-t-elle dans un communiqué. Le syndicat a démenti avoir utilisé de tels engins, ce que semble confirmer les images prises par nos confrères de France 3 Corse/ViaStella.

 

Résultat, le Stena Carrier a dû faire demi-tour et se mettre au mouillage dans la rade de Marseille. Pour la CGT, l’arrivée de ce concurrent constitue une « entrave au service public ». « Il faut que le droit soit respecté par tous et il ne faut pas que ce service démarre dans de telles conditions, a déclaré Frédéric Alpozzo à l’AFP. Il y a déjà eu près de 600 suppressions d’emplois avec la reprise de la SNCM, on ne veut pas redémarrer l’année avec des licenciements ».

 

La grève, reconductible pour 24 heures, n’a pas eu d’impact pour l’instant sur l’activité de l’ex-SNCM puisque la compagnie a interrompu toutes ses liaisons pendant 48 heures « le temps de mettre au carré toutes les autorisations administratives, indique-t-on à la compagnie. On avait décidé de lancer cette procédure avant le dépôt du préavis de grève ». Au final, seul un départ vers l’Algérie a été annulé.