Provence: Les palmiers en danger à cause de la «cupidité d'une multinationale»

ENVIRONNEMENT Les palmiers de la région PACA sont menacés de disparition à cause du charançon rouge...

Mickael Penverne

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Photo prise le 11 janvier 2008 à la Croix-Valmer d'un palmier touché par la maladie due au charançon.
Photo prise le 11 janvier 2008 à la Croix-Valmer d'un palmier touché par la maladie due au charançon. — AFP

Les palmiers de la région PACA sont en danger. De Marseille à Nice, ils sont attaqués depuis quelques années par le charançon rouge. Apparu en France en 2006, cet insecte parasite pond ses larves dans le cœur du palmier qui s’en nourrissent et finissent par le tuer. En moins de dix ans, il s’est propagé sur l’ensemble de l’arc méditerranéen. Dans les Alpes-Maritimes, près d’un millier de foyers ont déjà été signalés. Dans le Var, plus de 8 200 arbres ont été abattus ou « assainis », et dans les Bouches-du-Rhône, près de 270 cas ont été déclarés.

« C’est un massacre. C’est tout un patrimoine vivant, très important sur le plan de l’image et de l’identité de notre région, qui est menacé », soupire Michel Ferry. Ce chercheur de l’INRA, installé en Espagne, fait parti de ces « croisés » du charançon rouge. Avec d’autres particuliers, il tente depuis des années de mobiliser l’Etat et les collectivités locales contre ce parasite. Sous leur pression notamment, la préfecture de région a mis en place l’année dernière un comité de pilotage (COPIL) chargé de « coordonner les stratégies (…) de surveillance et de lutte » et élaborer des outils « au service de cette lutte ».

Un géant de la chimie

Il existe plusieurs solutions pour venir à bout du charançon comme la pulvérisation d’un insecticide sur la tête des palmiers. « Mais il faut monter 10 fois par mois au-dessus et en plus, le coût est exorbitant », indique Hervé Pietra, un retraité toulonnais à la tête de l’association Sauvons nos palmiers. Depuis un arrêté du gouvernement datant de juillet 2010, toutes les collectivités locales ont l’obligation de « surveiller » et même « d’éradiquer » le charançon. « Mais c’est tellement compliqué que quasiment aucune ville ne le fait », soupire l’ancien banquier qui après avoir vu mourir ses palmiers dans son jardin, craint de les « voir disparaître du paysage méditerranéen ».

Il existe pourtant une alternative à la pulvérisation : l’injection d’un insecticide directement dans le cœur de l’arbre. « On fait quatre trous dans le tronc. Ça se fait à hauteur d’homme et une seule fois par an, indique Michel Ferry. C’est très simple et les risques pour la santé ou l’environnement sont largement réduits ». Le problème, c’est que ce produit, le « Revive », est la propriété du groupe suisse Syngenta, un géant mondial du secteur chimique et agroalimentaire qui emploie plus de 25 000 personnes dans le monde, déclare un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros, pour un résultat net d’1,45 milliard d’euros.

Un prix « dix fois plus élevé »

« Au lieu de mettre son produit sur le marché, Syngenta a décidé de commercialiser son traitement par l’intermédiaire de sous-traitants, râle Michel Ferry. C’est comme si elle avait mis au point un médicament et qu’au lieu de le mettre en vente en pharmacie, elle le vendait par l’intermédiaire de ses propres infirmières ». Résultat, le prix du traitement est « dix fois plus élevé ». Au lieu de coûter entre 20 et 30 euros par palmiers, il s’élèverait, selon lui, à 250 euros. « On a les moyens de sauver les palmiers en quelques mois. Les collectivités et les particuliers sont prêts à y aller mais à cause de la cupidité d’une multinationale, on ne peut pas l’appliquer », peste-t-il.

Membre très actif du collectif méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers, il a lancé en octobre une pétition en ligne pour « mettre fin au massacre ». Elle demande au ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, « d’intervenir pour que soit mis fin à ce monopole dont les conséquences sont catastrophiques. Il faut que les traitements soient accessibles à tous les professionnels agréés, dans le cadre d’une stratégie collective de lutte fixée et supervisée par le ministère ». La pétition a recueilli pour l’instant un peu plus de 7 000 signatures.