Régionales 2015: Et niveau sport, ça pourrait changer quoi si le FN s'imposait en région PACA?

POLITIQUE Si Marion Maréchal-Le Pen est élue à la tête de la région Paca, voilà ce qui pourrait se produire, sportivement parlant…

Christine Laemmel

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Marion Maréchal-Le Pen quittant le circuit du Castellet (Var) le 18 septembre 2015
Marion Maréchal-Le Pen quittant le circuit du Castellet (Var) le 18 septembre 2015 — BORIS HORVAT / AFP

Ce n’est pas un des thèmes prioritaires, ni en politique de manière général, encore moins dans les programmes du Front national. D’ailleurs, à l’extrême droite, celui de Marion Maréchal-Le Pen regroupe « sport et culture », sous le sous-titre « une région qui vit et vibre ». Soit. Mais qu’est-ce qui pourrait changer en termes de sport local si le FN dirigeait la région Paca ?

Un grand prix de formule E à Saint-Tropez

Comme Christian Estrosi, ancien champion de moto, Marion Maréchal Le Pen accorde une importance particulière aux disciplines mécaniques. Dans son programme, l’élue prévoit d’instaurer un grand prix de formule E, « pour prolonger la saison touristique et promouvoir ce sport novateur ». Une manche du championnat du monde de course de monoplaces électriques se déroulera déjà à Paris en 2016. La candidate frontiste voudrait en créer une dans le Var, à Saint-Tropez. Marc-Etienne Lansade, maire « Bleu Marine » de la ville, affirme être déjà en contact avec la Fédération internationale automobile (FIA).

Pour appuyer son grand prix, Marion Maréchal Le Pen ne bénéficiera pas du soutien de Jean-Pierre Jarier. L’ex pilote de F1 était annoncé comme le nouveau conseiller en sécurité routière de la jeune femme… mais lui a fait faux bond au dernier moment en ne se présentant pas en conférence de presse en septembre. Il nie aujourd’hui tout rapprochement avec le parti.

« En finir avec la racaille qui pollue le sport amateur »

Dans son programme, Marion Maréchal-Le Pen écrit vouloir fournir des « subventions aux associations sportives soumises au bon comportement pour en finir avec la racaille qui pollue le sport amateur. » Une proposition sans plus de précisions, qui contient au moins deux formulations mystérieuses. Qu’est-ce que le « bon comportement » d’une association sportive ? Qui est « la racaille » ? On sait que le FN a pour habitude, quand il est élu, de couper les vivres à certaines associations hostiles. Ce fut le cas à Marignane comme à Toulon en 1995, mairies passées sous leur giron, mais surtout à Vitrolles, en 1997, sous les traits de Catherine Mégret.

Marion Maréchal-Le Pen a déjà indiqué son intention de supprimer les subventions des associations LGBT, dont certaines ont des vocations sportives, notamment à Marseille. A Hayange en Moselle, une professeure de danse s’est vue enjointe de « changer le mot oriental » accolé à sa discipline car « pas compatible avec le Front national », racontait un reportage de l’Equipe 21. Dans cette ville de l’Est, comme à Mantes-La-Ville ou à Orange, les subventions aux clubs de football amateur ont été fortement diminuées et plusieurs joueurs étrangers ont déserté l’effectif.

Un ennemi juré à Toulon : Mourad Boudjellal

Si elle est élue en Paca, la nièce de Marine devra composer avec un des acteurs du sport régional : Mourad Boudjellal, président du RC Toulon et farouche opposant à l’extrême droite. « Voter FN, c’est voter Daesh », avait lâché l’influent patron varois, à la tête d’un club de rugby puissant financièrement et triple champion d’Europe. Boudjellal, homme de gauche, s’est ouvertement rallié à Christian Estrosi pour les régionales. Il n’a d’ailleurs pas hésité à railler l’éviction de Jean-Marie Le Pen en plein match du Top 14.


La mésentente ne date pas de cet été. En 2013, Eric Damart, conseilleur sport du FN, avait évoqué le « racisme à rebours » de Boudjellal. Le président avait précédemment interpellé la patronne frontiste, après la victoire des Toulonnais en Coupe d’Europe face à Clermont : « Lorsqu’on donne accès au savoir aux enfants d’immigrés et qu’on leur fait confiance, avait lancé Boudjellal, ils arrivent à faire quelques petites choses pour leur pays et leur ville ».

A noter, celle qui a cumulé 41 % des votes provençaux au premier tour des régionales, a un petit faible pour le rugby à XIII. En 2013, elle a demandé à la ministre des Sports d’augmenter la visibilité de la discipline, « défavorable en comparaison du rugby à XV ».

Que des joueurs nés à Marseille à l’OM ?

A l’inverse de sa tante qui s’est affichée en supportrice du RC Lens, Marion Maréchal Le Pen ne pipe mot sur le club sportif le plus célèbre de la région qu’elle entend diriger : l’Olympique de Marseille. Réputé comme populaire et multiculturel, le public du Vélodrome accueillerait-il chaleureusement la frontiste ? Seul indice des intentions de la députée du Vaucluse, les prises de position du FN au niveau national. En 2014, le Front national expliquait vouloir supprimer les subventions publiques « aux clubs professionnels détenus majoritairement par un actionnaire étranger ». Margarita Louis-Dreyfus, actionnaire de l’OM est russe mais à la tête du Groupe éponyme, dont le siège est basé à Paris.

Le parti entend également conditionner l’octroi de ces fonds « à la présence sur la feuille de match de plusieurs joueurs issus des centres de formation ou originaires de la région. » Dans l’effectif actuel de l’OM, en gros, seuls Romain Alessandrini et Stéphane Sparagna pourraient montrer patte blanche.

En 2012, Marine Le Pen mettait déjà dans son programme présidentiel une proposition équivalente proposant d’instaurer des quotas de joueurs étrangers dans les clubs de Ligue 1. Eric Damart s’émouvait au passage « de la possibilité de voir l’Olympique de Marseille passer sous le giron d’un homme d’affaires saoudien ». Une hypothèse plutôt d’actualité.