Marseille: Les artistes se mobilisent contre le FN

CULTURE La Friche de la Belle de Mai organise samedi une journée « artistique et citoyenne » contre les propos de Marion Maréchal-Le Pen sur l’art contemporain…

Mickael Penverne

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Le public est invité à peindre des points sur les préfabriqués de la Friche de la Belle de Mai.
Le public est invité à peindre des points sur les préfabriqués de la Friche de la Belle de Mai. —

Les artistes marseillais s’engagent contre le Front national. La Friche de la Belle de Mai réunit samedi une cinquantaine de plasticiens, écrivains, musiciens et danseurs pour une « journée artistique et citoyenne ». Julien Blaine, Hervé di Rosa, Raphaël Imbert, Frédéric Nevchehirlian ou encore Papet J proposeront gratuitement une trentaine d’improvisations en hommage à la « liberté de création ».

Le public, de son côté, sera invité à peindre des points rouges sur tous les préfabriqués de la Friche. L’historien et critique d’art, Paul Ardenne, donnera ensuite une conférence sur les « facéties artistiques » avant l’interprétation de deux œuvres musicales de John Cage (4’ 33” et Radio Music). Des DJ prendront enfin le relais pour clore cette journée spéciale baptisée « Prière de déranger ».

« Dix bobos… »

C’est le directeur de la Friche, Alain Arnaudet, et le collectif d’artistes du Point Rouge qui ont monté cette opération. Tout est parti d’une déclaration de Marion Maréchal-Le Pen, candidate aux élections régionales en PACA, lors des universités du FN le 5 septembre qui se sont déroulées à Marseille. La députée du Vaucluse y avait fustigé « l’art d’élite » où « dix bobos font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile ». Cette critique virulente de l’art contemporain faisait suite à une exposition organisée quelques semaines plus tôt par la Friche de la Belle de Mai.

Le Dernier Cri, une structure d’art underground dirigé par l’artiste Pakito Bolino, y avait présenté quelques œuvres de deux peintres allemands, Stu Mead et Reinhard Scheibner. Cette exposition de dessins érotiques, interdite aux moins de 18 ans, avait été qualifiée d’art « pédophile » par Stéphane Ravier, sénateur-maire (FN) du 7e secteur. S’en était suivi de nombreuses insultes et menaces à l’encontre de Pakito Bolino et une remise en cause des subventions publiques à la Friche par les collectivités locales. La polémique s’était achevée par une manifestation d’élus FN et de militants d’extrême-droite sous les fenêtres du Conseil régional.

Trois mois plus tard, et à dix jours du premier tour des élections régionales, la Friche de la Belle de Mai entend à nouveau défendre la « nécessité de la transgression en art », selon son directeur Alain Arnaudet. « La pensée d’aujourd’hui s’est construite grâce à l’imaginaire et aux actes audacieux de nos aînés, rappelle-t-il. En 1915, Malevitch faisait un geste artistique transgressif quand il a peint son Carré noir sur fond blanc. Ce geste signifiait le début de l’abstraction qui a enclenché tout un type nouveau de pensée, et qui a ensuite irrigué notre regard sur le monde ».

« Quand l’artiste crée, il crée pour tous »

« La transgression artistique participe à la création de la pensée de demain (…) dont vont se nourrir les générations suivantes, ajoute-t-il. Un pays sans création, c’est un pays en régression ». La Friche de la Belle de Mai n’est pas le seul lieu artistique marseillais à avoir réagi aux propos de Marion Maréchal-Le Pen.

Dans un communiqué publié fin octobre, Barbara Satre, codirectrice de la galerie Béa-Ba située sur la rue Sainte (7e), répondait « point par point » à la candidate aux élections régionales - et donnée favorie par les récents sondages. « On ne peut pas laisser penser que l’art contemporain n’est pas fait pour le plus grand monde, explique-t-elle aujourd'hui. Quand l’artiste crée, il crée pour tous. C'est d'ailleurs pour cela que le FN considère l'activité des artistes comme une menace ».